Le burn out selon Arlette Janssens

burn out, épuisement

L’esprit à bout de souffle – Conférence d’Arlette Janssens, coach, formatrice, auteure, spécialiste de l’épuisement professionnel. Qu’est-ce que le burn out ? Quelles sont les causes individuelles ? professionnelles ? Ses conseils pour se relever, pour l’éviter.


Samedi 19 janvier 2019, j’étais au salon Respire La Vie de Vannes. J’ai eu la chance de pouvoir assister à une conférence d’Arlette Janssens sur le sujet du burn out et de la rencontrer. Arlette Janssens est coach, formatrice, spécialisée en psychologie du travail et auteure du livre “L’humain dans l’entreprise, est-ce que ça existe ?”. Avec son accord, je vous retranscris l’essence que j’ai tirée de sa conférence.


Le salon “Respire La Vie” à Vannes

salon respire la vie

Le salon Respire La Vie est un salon bio, bien-être. En pénétrant dans le parc des expositions, je suis immédiatement happée les odeurs de fromages, de charcuterie et d’épices des étalages d’alimentation bio. Puis, un peu plus loin, ce sont les stands bien-être qui m’attirent. On me propose des massages des pieds, des mains, de la tête. Dommage que je n’aie pas le temps de m’arrêter. Je poursuis mon chemin vers le fond de la salle dans la zone développement personnel. On y présente des livres et des activités telles que la sophrologie, la danse etc. Derrière ces stands, la salle de conférence. C’est là que dans quelques minutes Arlette Janssens nous parlera du burn out.

arlette janssensQuand j’entre dans la salle, la conférence précédente n’est pas encore terminée. Comme moi, des personnes se pressent à l’entrée : “c’est la conférence sur le burn out ?”, “c’est déjà commencé ?”, “Non, non, c’est dans 10 minutes”.

L’heure arrive enfin. Je m’installe sur un des sièges du second rang, au milieu de la salle, pour être sûre de ne rien rater. A ma gauche, une jeune femme blonde, fluette, l’air doux, portant un bustier crême. Je lui demande : “ça ne vous dérange pas si je m’assois à côté de vous ?”. “Non, non, me répond-elle, sauf si quelques larmes vous dérangent.”. Non, bien sûr que non, cela ne me dérange pas. Le burn out, cela vous prend aux tripes, je le sais. “Vous savez, j’ai du mal à dire le mot, mais je crois que je suis concernée, enfin que ça m’est arrivé”, continue-t-elle. Oui sans doute car ce que j’ai appris à travers mon expérience, c’est que quand les émotions viennent, c’est que ce qui se passe résonne en nous, que l’on touche quelque chose qui est juste.

Autour de nous, la salle est comble, des hommes, des femmes de tous âges, des salariés, des chefs d’entreprise, des entrepreneurs, des DRH, des retraités, tous concernés de près ou de loin par le burn out.


“Le burn out, maladie des hommes et femmes du devoir, des perfectionnistes”

La conférence commence. Arlette Janssens nous explique :

Le burn out, c’est une bombe à retardement. C’est quelque chose qui arrive petit à petit. C’est un effondrement. Cela concerne des personnes très impliquées, engagées, qui n’arrivent pas à mesurer leurs limites. Des hommes et des femmes du devoir, des perfectionnistes qui ont un idéal élevé. Des personnes qui ont un sentiment de devoir se débrouiller tout seuls et qui ont du mal à dire non.”

Petit à petit, l’émotion monte dans la salle. Ceux qui se reconnaissent sont saisis par ce portrait. Ils comprennent enfin, que contrairement à ce qu’on leur avait dit, ce n’était pas un prétexte de fainéant, une maladie de faibles. Le mot “burn out” devient acceptable, ils vont enfin avoir le droit de lâcher.

Maslash


“Le burn out, est une vrai maladie”

Puis la conférencière insiste :

“c’est une vraie maladie qui attaque le cerveau, le cortex préfrontal, l’hippocampe et l’amygdale”.

Dans l’étude The Burn Out Study du Karolinska institet, en Suède, il a été montré que suite à un burn out, l’hippocampe rétrécit et se gonfle, il devient alors impossible de se concentrer. De plus, l’amygdale rétrécit, ce qui empêche la personne de gérer ses émotions. “La fonction est OFF” ajoute-t-elle.

Plus tard, Gladys raconte :

“J’ai été comme foudroyée. La douleur du burn out, on ne peut pas savoir ce que c’est. Et malgré cela, j’ai continué à travailler. Et à force de vouloir rebondir, j’ai fini par perdre la vue. Aujourd’hui, je suis malvoyante.”

équilibre professionnel

 

Oui, il y a des symptômes physiques qu’il ne faut pas ignorer car si on attend trop, il y a des séquelles, parfois irréversibles. Je comprends maintenant pourquoi quand je parle de rebondir, on me dit souvent, “Prenez votre temps, ne rebondissez pas trop vite”. En fait, je dirais plutôt : “Prenez le temps de travailler sur vous. Regardez ce qui ne fonctionne pas dans votre rapport au travail. Prenez le temps d’apprendre à vous connaitre et à vous écouter. Prenez le temps de vider les sacs qui vous avez accumulés depuis l’enfance, ces choses que vous n’avez pas réglées et qui vous encombrent aujourd’hui. Et pour cela, faites-vous accompagner”. Comme le dit Gladys :

”Un burn out n’a aucun sens si on ne prend pas la décision de changer les choses”.


“Le burn out, syndrome des temps modernes”

Le Bureau International du Travail indique que déjà 24% de la population active serait en phase de pré-burn out.  La phase de pré-burn out, ou burn in, c’est la phase de stress critique (zone d’épuisement). C’est le moment où le salarié va voir son médecin traitant pour lui demander quelque chose, pour tenir, car il ne peut pas s’arrêter. L’OMS estime qu’en 2020, l’épuisement professionnel sera la première cause d’incapacité au travail. Pourtant, le burn out n’est toujours pas reconnu officiellement comme maladie professionnelle. Serait-ce une explication à ce constat : les trentenaires semblent au bord du burn out ?


Les causes professionnelles du burn out

Puis Arlette Janssens aborde le rapport au travail, les causes professionnelles du burn out (cf encart). Elle cite entre autres, Les horaires à rallonge qu’ils soient imposés par le management ou par la personne elle-même.

“il n’est pas toujours facile de dire quand on est débordé.”

La conférencière insiste sur le fait que les changements de poste, de manager, les restructurations doivent être faites en douceur en laissant le temps aux salariés de s’adapter au changement. Elle mentionne aussi les évaluations annuelles :

entreprise humaniste“Les évaluations annuelles sont une véritable source de stress pour certains salariés. Cela vient des Etat-Unis où le rapport à l’évaluation est totalement différent, précise-t-elle. Les français ont beaucoup plus d’affect vis à vis de leur notation”.

Or d’après le philosophe Rosa, “l’accélération et la croissance donnent du sens”. Tout ce que nous faisons, tout ce que nous créons a pour but d’aller plus vite. La machine à laver pour laver plus vite, l’ordinateur pour calculer plus vite, même le coupe frites offert, à Noël, à mamie, pour couper les frites plus vite. Et cela ne vas pas s’arrêter. Et la conférencière nous interpelle :

“ Alors, comment allons-nous faire face à cette accélération qui continue aujourd’hui ?”.

 cause professionnelles du burn out


Les solutions face à la déshumanisation du travail

Pour faire face à cette déshumanisation qui est en train de se mettre en place, Arlette Janssens, nous suggère de prendre des temps d’arrêts réguliers et accepter de se faire aider. Elle ajoute :

“Parfois avoir un collègue qui prend le relais, ce n’est qu’humain”

Il est important de donner du temps aux cadres pour encadrer, pour l’humain, plutôt que pour remplir des tableaux de chiffres. Il est possible d’intervenir auprès des équipes en phase de pré-burn out en faisant une évaluation annuelle de l’équipe et en changeant les habitudes nocives de l’équipe.

Pascale, une dirigeante de PME témoigne :

“Moi, j’ai eu la chance d’avoir un voisin médecin du travail. C’est lui qui a détecté que j’avais formé une sorte d’addiction au travail. Il m’a conseillé d’aller voir Arlette Janssens. Grâce à cela, aujourd’hui, je suis sensible au bien-être de mes salariés. J’essaie de ne pas leur en demander trop.”

Marie, DRH, intervient :

“Pour ma part, je vais vous dépeindre une image plus noire. Dans les grosses structures, ce n’est pas facile de susciter la bienveillance. Quand j’ai une personne qui a besoin d’aide et que je demande aux personnes de l’équipe de prendre une part de sa charge, souvent, les collègues refusent prétextant que, quand c’était eux qui étaient sous l’eau, il n’y avait personne”.

Ce témoignage m’interpelle. Je me demande, dans le fond, QUI doit agir quand une personne est épuisée ? Est-ce aux collègues de prendre la charge ou est-ce à l’entreprise de revoir l’organisation et la charge du travail ? Est-il possible que ce soit parce que les collègues sont eux aussi débordés qu’ils refusent toute charge supplémentaire ? Si c’est le cas, cela me semble un acte plutôt courageux et protecteur de savoir dire NON.

déshumanisation du travail


La thérapie, le meilleur moyen d’aider les personnes en burn out

En fin, Arlette Janssens, aborde les conseils qu’elle préconise aux “burnoutés” :

  • Accepter d’être aidé
  • Se faire accompagner à travers une thérapie notamment
  • Faire le tri dans nos valeurs, identifier ce qui est vraiment important pour nous
  • Se reconnecter à l’essentiel, redonner du sens
  • Repenser la façon dont est organisé notre vie, trouver son équilibre pro/perso
  • Récupérer de la fatigue en faisant du sport, en se reconnectant à la nature, en dormant autant que nécessaire
  • Diversifier ses activités

outils pour aller mieux

NB : Les thérapies comportementales sont efficaces pour la personne qui n’a pas accès immédiatement à ses émotions. Cela passe par une phase de verbalisation avant de faire de l’hypnose ou de l’EMDR par la suite.

“Ce qui est compliqué, dit-elle, c’est quand la personne n’arrive pas à demander de l’aide. Elles ne savent pas à qui s’adresser. Ce que je leur conseille, poursuit-elle, c’est de prendre le temps de choisir. De demander à la personne comment elle va vous accompagner”.


Et pour l’entourage d’une personne en burn out ?

La spécialiste explique :

“La meilleure chose à faire quand on accompagne une personne en burn out est de l’encourager à ne rien faire. De l’aider à se déculpabiliser de dormir toute la journée. L’arrêt est difficile à accepter pour la personne en burn out. Elle a été habituée à produire beaucoup et se retrouve tout à coup incapable de quoi que ce soit. Souvent, les personnes ne se reconnaissent plus.”

En conclusion, Arlette Janssens, nous partage les 2 formations qu’elle propose :

  1. 3 jours pour reprendre sa carrière autrement pour les personnes en burn out
  2. Détecter précocement les signes du burn out pour les cadres, dirigeants, DRH

Conclusion

Merci Arlette Janssens pour cette conférence très intéressante ! De plus, ce salon a été pour moi l’occasion de rencontres riches et enrichissantes. C’est certain, j’y retournerai ! J’ai trouvé les témoignages très percutants. Je n’ai pas pu tous vous les retranscrire dans cet article, mais j’ai pris les coordonnées de ceux qui ont accepté de partager avec vous leurs vécus dans des interviews individuelles.

Et vous, vous reconnaissez-vous dans le portrait tiré par Arlette Janssens ou reconnaissez-vous des proches, des collègues ? Aviez-vous connaissance des impacts de cette maladie sur le cerveau ? Quelles sont les causes professionnelles du burn out selon vous ? vos solutions ? Votre avis m’intéresse, n’hésitez pas à le partager dans les commentaires.

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3 réflexions sur « Le burn out selon Arlette Janssens »

  1. Merci Astrid pour ce partage. J’ignorais l’effet sur l’hippocampe et l’amydale. maintenant je comprends mieux les troubles de l’attention et de la gestion des émotions. Pour moi le burn out a été l’aboutissement d’un processus de disparition. Un long processus pendant lequel je me suis perdue de vue petit à petit. Un beau jour ( car il faisait beau ce jour là) je n’ai plus résisté. Et je me souviens que cet effondrement final a été libératoire. Il n’y avait plus rien à défendre, j’étais consumée. Je partage l’avis de Arlette ne rien faire est la première chose à faire. Mon leitmotiv c’est Burn out il y a urgence à ne rien faire !
    Une chose a été importante dans ma reconstruction : le fait de ne pas passer trop de temps à essayer de trouver des explications, des causes, des responsables, des coupables… plutôt que ruminer tout ça comme on met du sel sur une cicatrice, j’ai consacré du temps à me focaliser sur des images positives. Je suis remontée à l’enfance et je me suis souvenue que mon Papa m’appeler Bachirabouzoukaya, la princesse orientale aux yeux claires. Je me suis attachée à redevenir cette princesse.
    La compréhension du mécanisme du burn out est arrivée après, sans le vouloir. En me reconstruisant j’ai compris le mécanisme inverse.
    Enfin, je dois beaucoup à ma thérapeute gestalt.
    Et croyez moi ou pas ma vie n’a jamais été aussi extraordinaire que maintenant.

    • Merci pour ce beau témoignage. Je crois comme vous qu au final le burn out est une chance, une chance pour remettre ce qu il y a d essentiel dans notre vie et que l on avait oublié.

  2. Merci Astrid pour ce article très riche. Je ne savais quelles pouvaient être les conséquences sur le cerveau… Je me reconnais dans le fait d’avoir perdu la reconnexion avec moi même. Le fait d’être entourée par mon médecin, mon psychologue et le médecin du travail m’a beaucoup aidé à déculpabiliser car, comme tu le dis dans cet article, il est très difficile d’accepter de ne plus faire quand on a toujours fait, toujours fait plus…. Il y a cette phase d’acceptation qui est capitale, je pense.

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