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Poème Amor A Mort : le burn-out c’est…

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Cliquez ici pour lire le poème sur le burn-out de Johanna intitulé « Amor-à-mort : symptôme d’un burn-out » 


Johanna a vécu un burn-out, de cette traversée douloureuse elle a fait un poème diffusé en 2021 dans une revue culturelle collaborative nommée « Le Canard Aquaphobe ». Elle le partage aujourd’hui au plus grand nombre sur le blog Partage Ton Burn-out.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Puisque de ce poème sur le burn-out est né un spectacle : « Machines de Guerre » créé par la Compagnie Ratibus. L’objectif des artistes : mettre en lumière les mécanismes qui poussent les salariés à s’épuiser au travail. La première de ce spectacle a lieu à l’université de Lille le Mercredi 7 février 2024 au Kino de Villeneuve d’Ascq à 18h30. Entrée gratuite, sur réservation ICI

Vous trouverez dans cet article le poème de Johanna sur le burn-out et la génèse du spectacle « Machines de Guerre ».


POEME DE JOHANNA SUR LE BURN-OUT : « AMOR A MORT »

Fléchir d’un burn-out, c’est…

C’est faiblir,

C’est se dire le troisième jour de son arrêt en caressant sa carte de visite professionnelle « mais si je ne suis plus coordinatrice, alors je ne suis plus rien »,

C’est ressentir sa vulnérabilité au plus profond de ses organes,

C’est peiner à aller se laver,

C’est ne plus savoir prendre de douche,

C’est ne plus avoir goût à s’habiller,

C’est enfiler des vêtements ternes et foncés,

C’est sauter dans le bain trente minutes avant que votre aîné rentre du collège en pleine après-midi pour que, surtout, il ne découvre pas sa maman en pyjama,

C’est se savonner deux fois car vous avez oublié l’avoir déjà fait,

C’est baisser les volets à moitié,

C’est se retrouver à mieux comprendre les familles en difficultés que vous accompagniez qui avaient tendance à laisser closes leurs persiennes,

Oui c’est demeurer avec des fenêtres clôturées donnant sur votre salle de vie,

C’est faire semblant d’avoir le sourire devant vos enfants, devant votre mari, devant vos amis,

C’est lorsque l’on se couche et que l’on se réveille fantasmer une corde pour s’y suspendre, en s’attachant au cèdre bleu qui trône au fond de votre jardin, comme pour mieux incarner la marionnette inanimée que vous êtes devenue en virevoltant au gré du vent,

C’est avoir des fourmillements continuels dans les jambes,

C’est avoir la sensation de ne plus être bien stable sur ses guibolles,

C’est avoir les intestins retournés en continu,

C’est vivre une peur préhistorique de ne pas réussir à tout boucler avant la date limite,

C’est croire que l’on va se déféquer dessus,

Oui c’est éprouver pour la première fois de sa vie : l’expression « se chier dessus »,

C’est avoir son travail dans la tête H 24,

C’est avoir une charge de travail qui ne cesse de s’accumuler,

C’est optimiser, rentabiliser le moindre espace temps pour réussir à répondre aux objectifs, votre travail devient la première chose à laquelle vous pensez le matin en ouvrant les yeux et la dernière à laquelle vous cogitez lorsque vous essayez péniblement de vous endormir,

C’est être enfermée, les ailes brisées,

C’est habiter en cage,

C’est découvrir le mot « obsession »,

C’est relire en boucle les mails adressés à votre hiérarchie pour demander de l’aide,

C’est se questionner sur « le pourquoi » personne n’a entendu et répondu,

C’est chercher dans le vin rouge lors des deux derniers mois avant de vous scratcher : l’anxiolytique, la drogue, l’apaisement,

C’est avoir l’envie de se mettre à faire des apéros chaque soir pour décompresser,

C’est vivre des cauchemars où certains de vos collègues se transforment en tyrans en s’invitant dans vos courtes nuits,

C’est vivre l’appréhension d’aller se coucher puisque vous vous demandez combien de temps encore votre cerveau va mettre à tout digérer, à se purger,

C’est ne plus avoir faim,

C’est être périmée,

C’est n’être capable que de glisser dans le four un plat Picard, car vous ne savez plus, vous n’arrivez plus à cuisiner,

C’est au boulot lors de la dernière Assemblée Générale : remplir une première assiette, puis une deuxième,

C’est les engloutir sans faim, et les éponger de trois verres de vin généreusement servis,

C’est ne plus savoir gérer les quantités,

C’est faire glisser de ses mains, des choses que pourtant vous pensiez bien tenir,

C’est ne plus savoir rien programmer,

C’est ne plus savoir décider,

C’est régresser, c’est penser « non, non, et encore non » sur plein de sujets,

C’est spéculer que vous n’arriverez plus jamais à travailler,

C’est imaginer comme seule solution de professionnellement vous déclasser,

C’est avoir mal à la tête dès que vous ouvrez l’ordinateur pour consulter votre boîte mail professionnelle,

C’est avoir la sensation d’une baisse de l’audition quand vous utilisez votre téléphone fixe du bureau,

C’est avoir en continu des voiles noirs troublant votre vision,

C’est connaître un vieillissement prématuré de l’œil,

C’est changer les mots,

C’est remplacer le mot « frigo » par « lavabo », « coton » par «évier», « beurrier » par « bureau »,

C’est avoir des palpitations cardiaques ici et là juste à l’évocation de certains mots : « projets » ou « travail »,

C’est lors d’un séminaire avoir votre cœur qui se met à battre la chamade ayant l’impression de ne plus être dans le social mais dans un groupe du CAC 40,

C’est ne plus avoir de libido,

C’est regarder inexorablement par terre,

C’est s’apercevoir dans un café, un soir, après avoir vu une conférence gesticulée sur le sujet cité, dans le regard de l’autre, l’étonnement de ne pas déchiffrer les mots qui sortent de votre bouche,

C’est voir son regard se plisser,

C’est ne plus être compréhensible,

C’est perdre la mémoire, oublier la date de naissance de vos enfants, le nom de certains de vos collègues, de vos partenaires, des locataires que vous accompagniez, oublier à quoi servaient des procédures que vous utilisiez pourtant quotidiennement,

C’est être dans le déni de ce qu’il vous arrive,

C’est être épuisée,

C’est se lever le matin et avoir tout de suite l’envie de pleurer,

C’est ne plus posséder que les mots « fatigue » ou « crevée » s’écoulant de votre bouche comme premiers mots de la journée,

C’est retirer son alliance, avoir envie de quitter mari, enfants et maison de ville,

C’est émotionnellement vivre de sacrées montagnes russes,

C’est avoir foncièrement envie d’un nouvel ailleurs, de plus de vert, de soleil,

C’est imaginer prendre un billet d’avion en aller simple,

C’est être seule avec soi-même,

C’est avoir envie de rentrer dans sa valise, de la refermer et de ne plus jamais en sortir,

C’est ne plus être en capacité de se ressourcer,

C’est ne plus arriver à faire la sieste,

C’est paniquer,

C’est ne plus parvenir à se lever le matin,

C’est avoir une fêlure qui restera à vie,

C’est reconnaître de loin ces autres qui marqués au fer rouge vivent ou ont vécu comme vous cette même expérience terrifiante,

C’est avoir honte de ce qui vous arrive,

C’est culpabiliser d’être un poids pour la société,

C’est finalement comprendre qu’une nouvelle formation ou un quatrième enfant n’étaient pas le choix judicieux pour mettre fin à cette souffrance,

C’est être tombée dans du sable mouvant où plus vous vous débattez pour remonter, plus vous vous enfoncez,

C’est comprendre ce que veut dire « arrêt de travail »,

Et c’est aussi ne pas comprendre car votre famille vous a toujours répété que « le travail, c’est la santé »,

C’est avoir été prise dans des injonctions paradoxales,

C’est passer du statut « glorifiée » pour la campagne de communication nationale à « incarner un boulet » pour votre employeur,

C’est avoir envie d’hurler quand celui-ci décide de vous « jeter » comme un simple objet cassé,

C’est apprendre à pleurer, partout, tout le temps et devant tout le monde, les connus comme les inconnus,

C’est ne plus être là,

C’est être dans un ailleurs tout le temps,

C’est avoir perdu la concentration de « l’ici et le maintenant »,

C’est ne plus sortir de chez soi,

C’est ne se sentir en sécurité que dans son domicile, là où avant, il ne vous arrivait jamais de rester une journée entière,

C’est ressentir de manière déraisonnable la peur d’être attaquée, agressée,

C’est être peut-être la seule sur Terre à se réjouir de la COVID-19 car comme l’a si justement écrit votre chargée de supervision : « JoRo s’arrête, et le monde entier s’arrête »,

C’est esquisser un sourire grâce à cette petite touche d’humour,

C’est avoir besoin d’être entourée,

C’est ne plus arriver à conduire et à vous éloigner avec votre véhicule de votre habitation,

C’est avoir peur d’avoir un accident ou de renverser quelqu’un,

C’est se mettre à transpirer beaucoup,

C’est avoir des sanglots et les yeux qui se remplissent de larmes,

C’est développer une phobie administrative où juste l’envoi de votre arrêt maladie devient un Everest,

C’est être vraiment très embêtée car c’est tout de même un versant habituel de votre métier,

C’est arrêter le temps, avoir débranché votre réveil et un an après, ne toujours pas être en capacité de le rallumer,

C’est être montée sur ressort et personnifier Zébulon,

C’est être en réunions et éprouver un poids, une masse sur le sommet de la tête comme si vous alliez faire un AVC,

C’est se rendre compte que les autres, vos connaissances, vous voient, évaluent votre corps en bonne santé puisqu’en apparence il est identique à avant, et pourtant à l’intérieur tout a éclaté,

C’est être brisée en mille morceaux,

C’est avoir la nuque raide, les bras douloureux et engourdis,

C’est avoir plein de cheveux blancs sur le devant du crâne qui d’un coup on fait surface, c’est avoir des poches de cernes en continu sous les yeux,

C’est avoir la peau de votre visage qui s’est transformée dessinant sur vos joues des petites crevasses analogues à l’aspect d’une texture cellulite,

C’est ne plus arriver à lire un petit livre à votre enfant le soir sans être complètement essoufflée,

C’est vivre cet acte d’amour comme quelque chose devenu complètement insurmontable,

C’est se sentir mourir,

C’est voir le temps défiler à une allure si rapide, que vous aviez le sentiment que vous alliez vous réveiller à 65 ans,

C’est avoir de très longues logorrhées,

C’est oublier de respirer,

C’est se transformer en magicien et faire apparaître un bouton qui par une simple évocation de XX : juste un petit sms avec 55 photos où votre portrait en grand apparaît collé dans leurs futurs locaux, un courriel blessant ou pire, un courrier où vous avez pu lire « licenciement » vous font plonger dans un état de démence au bord du gouffre de Padirac,

C’est vouloir s’approcher de ses entrailles,

C’est participer au dernier acte d’une corrida dans le chapitre de la mise à mort,

C’est avoir franchi l’autre rive : c’est devenir le « patient », l’« usager », le « malade » pour la première fois de sa vie d’un établissement public de santé mental,

C’est ne plus avoir de patience,

C’est être irritable pour un rien,

C’est avoir même des paroles ou des gestes parfois violents envers les personnes qui vous sont les plus chères : vos enfants, c’est avoir eu l’excitation de pousser son cerveau, comme un muscle, au plus loin de ce qu’il était capable de donner, toujours mieux et toujours plus vite,

C’est s’être sentie toute-puissante et tellement performante,

C’est avoir touché un nirvana intellectuel,

C’est avoir appris et réfléchi sur de si vastes sujets,

C’est avoir ouvert en simultané au niveau cérébral des dizaines de tiroirs sur des thématiques diversifiées,

C’est un jour perdre l’intégralité de vos données,

C’est les chercher dans votre tête et ne plus les retrouver,

C’est se remettre à fumer,

C’est être en fumée,

C’est ne plus arriver à prendre les transports en commun,

C’est fuir l’agitation extérieure du monde,

C’est changer définitivement de chemin lorsque vous allez chercher à l’école vos petits,

C’est votre aîné qui ne mesure pas l’aide qu’il vous offre lorsqu’il prend votre relais pour aller chercher à l’école votre petit dernier,

C’est se décharger,

C’est avoir besoin chez vous de vous envelopper tout le temps dans un plaid bien chaud, et à l’extérieur, avoir besoin de chausser des bottines fourrées, enfiler un manteau ressemblant à un joli ours brun,

C’est hiberner,

C’est avoir besoin d’être maternée, câlinée, touchée, regardée,

C’est bien souvent être prise de tremblements,

C’est ne plus savoir faire les courses seule,

C’est se perdre dans le magasin,

C’est tripler le temps dont vous aviez avant besoin pour faire vos achats,

C’est avoir le vertige à la caisse,

C’est alterner ses journées entre canapé/lit ou lit/canapé et rendez-vous médicaux,

C’est être non pas déprimée, mais toujours épuisée,

C’est ne plus réussir à retourner sur certains territoires géographiques, territoires liés à l’histoire de votre boulot, éviter des rues et des avenues, témoigner,

C’est prévenir,

C’est guérir un peu,

C’est effacer de suite, sous quinze jours, grâce à l’arrêt, certains troubles,

C’est croire que l’on va mieux et replonger le jour d’après,

C’est récupérer progressivement petit à petit certaines de vos facultés,

Mais c’est aussi voir persister longtemps, malheureusement certains symptômes invalidants.

Faire un burn-out, c’est avoir percuté un mur, un verre blindé, et rester les yeux ouverts, allongée par terre, des heures, des jours, des semaines, des mois durant.

JoRo – Témoignage – 02/2021

Poème sur le burn-out publié dans la revue culturelle collaborative nommée « Le Canard Aquaphobe », en partenariat avec la Galerie d’Art FrontièreS d’Hellemmes et l’EPSM G21 de Lille.


GENESE DU SPECTACLE SUR LE BURN-OUT : MACHINE DE GUERRE

SORTIR du tiroir mon poème sur le burn-out pour en faire quelque chose

Il y a tout d’abord, mon témoignage qui sort de mon tiroir, et que j’ai la chance de pouvoir publier dans une revue culturelle collaborative fin 2022.
Et puis, il y a ce même texte que je décide d’offrir à la Compagnie Ratibus de Lille, dans un élan de désespoir en novembre 2021, pour en faire une pièce de théâtre de prévention.

Un poème et un spectacle pour sortir de la honte du burn-out

C’est aussi grâce à ce spectacle, que je vais sortir de la honte et du tabou, puisque ce que j’ai vécu va désormais être visible aux yeux de tous.
C’est être remerciée, encouragée, félicitée par les spectateurs lors des premières sorties de résidence de la Compagnie.
C’est ouvrir la parole et les larmes à celles et ceux qui le vivent en silence.
C’est voir des mains se lever pour dire « moi-aussi ».
Tous ces symptômes qui se sont emparés de mon corps, les uns après les autres, vont être mis en lumière sur scène.
Témoigner, c’est reprendre le pouvoir, c’est se relever.

Un poème et un spectacle pour réparer le burn-out

L’Art, j’en témoigne : Rép-Are.
C’est transformer la chute en quelque chose de terriblement beau : La danse, le théâtre, la peinture, le cirque et le son se mélangent, et donneront alors naissance à ma renaissance.

Le spectacle Machines de Guerre

La pièce s’appelle « Machines de Guerre », une pièce très contemporaine et renversante, c’est une pépite.
Les 3 artistes de la Compagnie Ratibus : Ratiba Mokri, Eloïse Bonnaud-Lecoq et Camille Spriet, incarnent le thème à la perfection.
Je dédie cette pièce, à toutes celles et tous ceux, qui de près, ou de loin se sont approchés du burn-out.
Venez nombreux.euses pour le découvrir !!! Le spectacle sera gratuit pour sa première représentation : le mercredi 7 février à 18h30 au Kino – Campus Pont de Bois à Villeneuve d’Ascq (près de Lille), réservation en ligne ICI.

ET POUR VOUS, LE BURN-OUT QU’EST-CE QUE C’EST ?

L’art s’invite souvent dans notre traversée du burn-out. Un peu comme un moyen de transcender ce que nous avons vécu, nous le posons sur le papier, la toile ou à travers le mouvement.

Pour aller plus loin, je vous propose de lire :

Je vous partagerais bientôt plus d’éléments sur le spectacle « Machines de Guerre ».

Et vous…. que pensez-vous de l’art pour transcender votre burn-out ? Avez-vous écrit, dessiné, sculpté ou dansé votre épuisement ?

Racontez-nous et partagez-nous ce qui vous a aidé.

Crédit photo : Photo JoRo – Fort de Mons – 02/2021

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3 Commentaires

  1. Marlène

    Poignant poème ! Difficile de retenir mes émotions en le lisant ! Bravo d’avoir su transformer tout cela en une création théâtrale qui en sensibilisera plus d’un, je n’en doute pas !

    Réponse
    • Astrid LE FUR

      Merci Marlène pour ton retour !
      Effectivement ce poème nous embarque

      Réponse
  2. Crenn

    Bonjour,
    Super ce poème et l’idée d’une pièce de théâtre.
    Merci beaucoup.
    Savez-vous si de nouvelles représentations de la pièce sont prévues?
    De plus j’ai un ami qui est comédien et qui souhaiterai si possible pouvoir avoir le texte intégral de la pièce de théâtre, est-ce possible ?
    En vous remerciant pour votre réponse.
    Encore bravo!!!

    Réponse

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