Pourquoi les salariés sont-ils épuisés suite au confinement ?

salarie

Pourquoi les salariés sont-ils épuisés par le confinement ? Pourquoi se préoccuper de la qualité de vie au travail et de l’état de ses salariés sera important pour le déconfinement ? Pour en savoir plus sur ces questions, lisez cet article.

NB : Ce sujet est traité en deux articles. Ce texte en est la première partie et traite de la question de la fatigue liée au confinement.


CONSTAT DANS LES ENQUETES : LES SALARIES SONT EPUISES PAR LE CONFINEMENT

Les enquêtes se multiplient à l’approche du déconfinement pour évaluer l’état psychologique des salariés. Et partout, le constat est le même : les salariés sont fatigués physiquement et psychologiquement.

Par exemple Opinion Way remonte que près de la moitié des salariés étaient en détresse psychologique, 1 mois après le début du confinement. Une seconde enquête indique que ce chiffre est à la hausse avec 62% concernés début mai. En parallèle, Ifop indique que 52% des cadres estiment qu’il faudrait se préoccuper du bien être au travail de leurs collaborateurs. Pourtant dans cette même enquête 38% estiment qu’il faudra travailler plus pour remonter la crise économique. Ce qui fait écho aux demandes du MEDEF.

Alors pourquoi les salariés sont-ils épuisés par le confinement ? Pourquoi ne sera-t’il pas possible de redémarrer sur les chapeaux-de-roues ? Pourquoi se préoccuper de la qualité de vie au travail et de l’état de ses salariés sera important pour le déconfinement ?

Tout autant de questions importantes que vous vous posez et de réponses complexes à apporter. Dans cet article, vous trouverez des éléments de réponse aux deux premières questions, la seconde arrivera dans l’article suivant la semaine prochaine.

Pour en savoir comment repérer les signes d’épuisements chez vos salariés et comment créer des conditions de travail protectrices, n’hésitez pas à vous inscrire à la conférence en ligne gratuite jeudi 14/05 à 19h : Les 5 piliers pour prévenir le burn out en entreprise


LE STRESS LIE A L’EPIDEMIE DE CORONAVIRUS ET AUX CONDITIONS DU CONFINEMENT EPUISE LES SALARIES

Les conditions du confinement usent les organismes, même celui des personnes les mieux préparées.

Hier encore j’étais en conférence avec un entrepreneur à succès, féru de développement personnel. Cet entrepreneur a tout à sa portée pour mieux résister que les autres : pas de risque de manquer d’argent, ni même de faillite (il vend des produits web), des outils de coaching pour faire face l’adversité, une expérience à relever les défis et à se relever des échecs. Pourtant, il admet que rester enfermé dans un appartement, loin de ses proches a pu altérer sa lucidité et son état d’esprit.

Moi aussi, coach professionnelle, experte du burn out, j’ai eu des moments de hauts et de bas pendant ce confinement. Je vous en ai d’ailleurs parlé dans mon premier article de confinement : 3 astuces pour éviter l’épuisement pendant le confinement.

Pourquoi le confinement nous fatigue t’il et atteint-il notre équilibre psychologique ?

Le stress, la peur et l’incertitude consomment de l’énergie.

Pour certains, la peur d’être contaminé par le virus ou que leurs proches soient atteints, occupe les pensées. Les images en boucle de personnes dans les hôpitaux et le décompte funeste du nombre de morts a entretenu cet état de peur. Tout comme l’éventualité d’une deuxième vague qui maintient cette tension.

De plus, l’incertitude liée à l’après confinement augmente l’anxiété des travailleurs. Comme je l’ai expliqué dans l’article à destination des entrepreneurs pour faire face à la peur de la faillite, l’incertitude est ce qu’il y a de pire pour notre cerveau qui mouline les différents scénarii à la recherche d’une solution impossible à trouver. Ce qui génère du stress et fatigue notre organisme.

Pour en savoir plus sur le mécanisme incertitude, stress, angoisse, lisez l’article sur les 8 outils du coach pour faire face à la peur de la faillite

Les deuils impossibles à faire qui laissent des plaies ouvertes

A cela s’ajoute, pour les personnes qui ont perdu un proche pendant la pandémie, la blessure de cette perte. Le processus de deuil étant de plus entravé par l’impossibilité de procéder aux rites usuels. Boris Cyrulnik dans un entretien sur France Inter avec Léa Salamé prévient « ça va provoquer des angoisses et de grands malaises parmi les survivants, pendant les mois et les années qui suivent. ».

Le confinement ne nous permet pas de bonnes conditions de résilience

Face à cela, les conditions du confinement ne nous permettent pas de bonnes conditions de résilience. La résilience, c’est la capacité à surmonter des événements traumatiques.

La perte du lien social avec nos amis nous empêche d’avoir accès à nos « tuteurs de résilience » habituels, ces proches qui nous soutiennent de leur écoute bienveillante.

A contrario, l’impossibilité de se retrouver seul et de prendre du temps pour soi, quand on est confiné en famille, accentue la fatigue des parents.

Enfin, le fait de ne pas pouvoir sortir, faire du sport, marcher en nature endigue la bonne évacuation du stress accumulé. Or comme l’explique cet article du monde, le sport est un formidable outil de résilience : le sport moteur de résilience.

Conclusion : L’EPIDEMIE ET LE CONFINEMENT lui-même GENERE UN ETAT DE STRESS QUI EPUISE LES SALARIES

La situation elle-même (l’épidémie et les conditions de confinement) génèrent donc un état de fatigue et de stress important dans la population. Cet environnement est vécu par tous, même par les personnes en chômage partiel. Il serait donc dangereux de considérer qu’elles arriveront reposées, comme après des congés. Pour certains, s’ajoutera d’ailleurs, l’angoisse du licenciement du fait de la crise économique.

« Je ressens une grande fatigue physique depuis le début du confinement, ce qui est paradoxal, vu que je ne fais rien… » témoigne un lecteur du Monde

Pour ceux dont le travail a été maintenu, les nouvelles conditions de travail ajoutent un poids supplémentaire.


UN POIDS SUPPLEMENTAIRE POUR LES TRAVAILLEURS DUE A LA REORGANISATION DU TRAVAIL LIEE AU CONFINEMENT

Des tâches plus complexes et une charge de travail augmentée

Beaucoup de salariés, pour lesquels le maintien de l’activité en télétravail était possible, ont continué à travailler. D’autres, dont la mission était indispensable pour la société et compatible avec les gestes barrières, ont poursuivi sur le terrain.

Dans les deux cas, l’activité s’est complexifiée. Réapprendre de nouveaux gestes, inventer de nouvelles façons de s’organiser, réimaginer tout ce qui avait planifié, cela entrave, complique, ralenti la tâche habituelle. Et tous ceux qui ont tenté de maintenir le même niveau de performance malgré les nouvelles contraintes ont dépensé beaucoup énergie et se retrouvent aujourd’hui fatigués. Nager à contre-courant est possible, mais usant.

Le télétravail forcé un poids pour les parents de jeunes enfants

Les heureux parents de jeunes enfants ont, quant à eux, la double tâche de s’occuper de leur progéniture, parfois même leur faire la classe, en plus de télétravailler. Pour les aider, les conseils fleurissent sur la toile : décaler ses horaires de travail pour travailler tôt le matin ou tard le soir, appliquer les méthodes de productivité etc… Là encore, c’est efficace à court terme, mais très vite épuisant. De plus, le constat qu’il n’est possible de faire correctement ni l’un ni l’autre dans ces conditions pourra générer un sentiment de culpabilité chez certains.

Pour aller plus loin sur la fatigue des parents pendant le confinement, lire l’article « 20 idées d’activités à faire avec les grands-parents à distance »


DES CONDITIONS DE TRAVAIL PROPICES AU BURN OUT

Pour ceux qui sont habitués à lire ces articles, vous voyez peut-être se dessiner le dernier point de cet article : Les conditions dans lesquelles nous avons dû travailler sont propices au burn out. C’est pourquoi il est important d’être particulièrement vigilent et de créer des conditions de travail protectrices.

Dans les situations à risque pour le burn out, il est indiqué, entre autres :

  • les transformations de l’organisation
  • les transitions professionnelles
  • la reprise de poste après une absence
  • les espoirs de promotion ou mobilité interne

Les transformations de l’organisation et modifications des tâches augmentent le stress chez les salariés

Les réorganisations techniques (du métier) ou structurelles des équipes dues au confinement sont des périodes susceptibles de générer une hausse du stress chez les salariés. Pour les collaborateurs déjà en surcharge, cela peut-être le coup de grâce.

Changement de rythme télétravail ou chômage partiel vs travail sur site

Le moment du retour au travail sur site peut générer lui aussi une hausse de l’angoisse. Certains auront peur des conditions sanitaires et d’attraper le virus à la reprise du travail.

Pour d’autres c’est le changement de rythme qui sera difficile. Comme dans cet article du Huffington post, Nicolas se dit « pétrifié » à l’idée de la reprise et du « retour (à la) course quotidienne ».

Enfin, comme après un congé maternité, une année sabbatique ou une expatriation, le temps « hors du temps » créé par le confinement a invité à l’introspection, à plus de temps pour soi. Et quand le gap entre les aspirations et la vie réelle est grand, le retour « à la vie d’avant » semble impossible et le corps peut refuser de reprendre le travail : c’est le burn out.

Les espoirs de promotion ou de mobilité déçus

Les salariés qui ont fourni des efforts particuliers avant la crise ou pendant le confinement, nourrissent souvent l’espoir d’en tirer une forme de reconnaissance. Cela peut être de simples félicitations, une augmentation, une promotion ou une mobilité. Pour cela, il est possible que qu’ils aient tiré plus sur la corde que ce qu’ils auraient fait sans ces attentes. Si leurs désirs étaient déçus (à juste titre ou non), la désillusion pourrait mettre le feu aux poudres. Un sentiment de gâchis, de « tout ça pour ça », caractéristique du moment où l’épuisement professionnel se déclenche. Or il est probable que les conditions économiques rendent réellement impossible la reconnaissance de ces efforts consentis.


CONCLUSION

Les salariés vont sortir fatigués de cette période de confinement. Le prendre en considération pour créer des conditions de travail bienveillante et protectrices permettra à chacun de remettre le pied à l’étrier. Créer ensemble les conditions de résilience de la reprise d’activité semble être une des conditions d’une reprise efficace. L’enjeu sera donc de bien équiper les managers pour savoir allier écoute, adaptabilité et bienveillance à l’égard des salariés de façon à créer un socle solide pour la reprise.

Cet article peut sembler dépeindre un constat assez noir du confinement, ce qui n’est pas à mon intention. Je pense effectivement que les événements que nous traversons sont aussi une source infiniment riche de nouveaux possibles dans le monde du travail. D’ailleurs j’ai constaté une hausse des demandes de formations et d’accompagnement des managers pour préparer le déconfinement. Mon but est surtout d’informer, d’alerter et d’expliquer de façon à ce que chacun ait toutes les billes pour agir au mieux.

Et vous, quel est votre constat ? Etes-vous fatigué ? stressé ? épuisé par les conditions du confinement ? Comment abordez-vous le retour au travail ? De quoi auriez-vous besoin pour travailler dans de bonnes conditions ? Si vous êtes dirigeant, manager ou RH, comment prévoyez-vous d’accompagner vos équipes ? J’attends vos réponses et témoignages dans la partie commentaires de cet article.

Cet article parle de : l’épuisement des salariés dû au conditions de confinement, burn out, épuisement professionnel, déconfinement, stress, risques psychosociaux, qualité de vie au travail, management

Crédit photo : Pixabay : Stock Snap

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12 réflexions sur « Pourquoi les salariés sont-ils épuisés suite au confinement ? »

  1. Bonjour Astrid, je crois que tu as tout à fait raison de tirer sur la sonnette d’alarme. L’état d’un grand nombre de salariés (et pas que…) est préoccupant à ce stade

  2. Merci pour cet article Astrid ! Je pense qu’effectivement pas mal de salariés en ont ras le bol du confinement, les interactions sociales dans une entreprise ça compte (et on s’en rend compte quand on les a plus c’est le paradoxe). Personnellement, étrangement je le vis plutôt bien alors que je suis d’un naturel extraverti… et que j’ai besoin d’échanger régulièrement. Je pense que chacun réagit à sa façon mais ce qui est certain c’est qu’il y aura un avant et un après corona virus…

  3. En tant que maman, en appartement, je pense que c’est tout simplement impossible de travailler sereinement avec un enfant de 3 ans dans les jambes toute la journée. Les enfant de cet âge ont besoin de nous continuellement et c’est normal. A part les gaver de tablette et de télé, et bien endommager leur cerveau par ce biais, les parents de jeunes enfant ne peuvent espérer que quelques tranche de 10/15 mn tranquilles quand l’enfant est absorbé dans une activité. Si l’enfant ne fait plus la sieste, c’est mort pour bosser, mais comment trouver de l’énergie à 22H, quand l’enfant dort et la vaisselle est faite? On ne peut pas être au four et au moulin !

  4. Bonjour Astrid;
    Merci pour ton article. Sujet palpitant étant moi-même salarié et élu du personnel. Je répondrais en tant que simple salarié. Personnellement je trouve le confinement très agréable, le travail à la maison me convient très bien je n’ai pas du tout envie de retourner dans mon entreprise pour voir des collègues à qui je ne pourrais pas serrer la main, avec des masque, enfermé dans mon bureau. L’entreprise a pour fonction principal le social, or il n’y en aura plus de social. Donc la vie en entreprise n’a plus de raison d’exister, il faut que l’humanité trouve un autre fonctionnement pour travailler. Je suis informaticien et techniquement c’est possible. Je fais toutes mes réunions en vidéo conférence, j’ai accès à tous les outils pour faire avancer mon travail. Plus besoin d’une entreprise. Alors certes il y a des métiers qui demandent du contact comme par exemple l’enseignement mais cela va demander une réforme. Est-ce que nos politiques en sont capables? J’en doute hélas ! Mais restons optimisme, j’ai 5 enfants et je ne veux pas les mettre à l’école pour qu’il est une vie non social? Comment ma fille de 4 ans va comprendre qu’elle n’a plus le droit de toucher les autres? Comment va-t-elle faire quand elle a un chagrin, la maitresse lui dira débrouille toi avec ton chagrin je ne dois pas te toucher. Donc oui il y a beaucoup de chose à revoir, cela va mettre du temps pour retrouver un équilibre, il faut donc être patient et en prendre conscience. Un peu comme une bombe atomique après il y a les radiations qui dure beaucoup plus longtemps.

  5. Merci pour cet article !
    Dans mon cas, ce qui est difficile, c’est d’essayer de me concentrer sur mon travail alors que je suis interrompue toutes les 5 minutes par un de mes 3 enfants…
    + gérer le planning quotidien.
    Je vis en Belgique. Le 15 mai, un de mes enfants reprendra l’école, pas les 2 autres. Chez nous, seulement certaines années reprennent l’école. Donc, il faudra gérer les trajets de l’un et encore les devoirs des deux autres.
    Cela nous demandera une nouvelle fois de nous adapter.

  6. Merci Astrid pour cet article ! Nous traversons tous une période très éprouvante. A tout ce que tu énumères s’ajoutent aussi les devoirs des enfants et toutes les activités les concernant. On a dû aller chercher des ressources insoupçonnées au fond de nous !
    Tu as fait un superbe travail d’analyse 🙂

  7. Merci Astrid d’alerter, c’est vraiment essentiel et très très juste : maintenir mon écologie personnelle pendant ce confinement a été très challengeant, et aurait pu être épuisant si je n’avais pas très vite lâcher prise : je rejoins un des commentaires précédents, avec un/des enfants en bas âge, ou de la gestion de cours multiniveaux en plus du télétravail la productivité est aussi aléatoire qu’illusoire. Même en connaissant quelques outils et clés de productivité Pomodoro revient vite à jongler avec des tomates cerise… J’ai mis ma productivité de côté (enfin elle est encore là mais ralentie, et surtout sans attentes), et j’ai tout axé sur mon énergie : sport et créativité étaient mes deux priorités pour gérer le Mini Geek en conservant quelques neurones pour le soir si possible (et sinon tant pis c’est ok). Mais j’avoue que mes moments de ressourcement en solo me manquent…. Vivement… euh je sais pas, j’imagine la rentrée de septembre en fait ^^ !

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