
Et si votre burn-out était dû à une neuroatypie ? Dyslexie, TDAH, Troubles du Spectre Autistique, mais aussi Haut Potentiel Intellectuel (HPI) sont des particularités appelées “neuroatypie” qui peuvent vous pousser à l’épuisement (burn-out). Ces particularités ne sont pas du tout anecdotiques puisqu’elles représentent plus de 10% de la population. Pourtant ignorer vos particularités peut vous pousser à l’épuisement. Dans cet article, Jocelyne Pineau, orthopédagogue et facilitatrice en legothérapie, vous présente ces neuroatypies et des clés pour éviter l’e burn-out et en faire une force. Neurodiversité au travail : changer de regard pour prévenir l’épuisement et libérer les talents. Pour en savoir plus, lisez cet article.
NB : Dans cet article nous parlerons de neuroatypie et de risque de burn-out. Comme vous le verrez, les neuroatypies, sont très diverses. Nous ne couvrirons ici que les troubles dys, le TDAH et le TSA. Si vous cherchez des articles sur le haut potentiel et le burn-out, vous trouverez les liens en bas de cet article.
Vous voulez en savoir plus sur les travaux de Jocelyne Pineau ? –> vous trouverez son site en bas de cet article
.
TEMOIGNAGE : Quand la neuroatypie mène à l’épuisement… et ouvre un autre chemin
Prendre conscience de ses particularités
La prise de conscience a commencé avec le diagnostic de mon fils : une dyspraxie visuo-spatiale. Très vite, l’effet miroir s’est imposé à moi. Je comprenais que ce trouble me concernait également. À cette période, j’occupais un poste de commerciale sédentaire, en pleine évolution professionnelle. Mon corps, lui, n’a pas suivi. Il a dit « stop ».
Quatre années ont été nécessaires pour restaurer ma santé à la fois physique et mentale. Lors de ma reprise, un emploi d’assistante administrative tutoré accompagné m’a été conseillé. Très rapidement, les difficultés liées à mon fonctionnement cognitif sont apparues. Les consignes orales, même répétées, peinaient à s’ancrer. Je devais extraire des informations précises de documents longs pour les intégrer dans des tableaux de données. Plus je me concentrais sur ces grilles de chiffres et de colonnes serrées, plus tout se brouillait : les lignes ondulaient, les mots se mélangeaient, la fatigue devenait écrasante.
Je me suis sentie incompétente, incapable, profondément épuisée. Et pourtant, dans le même temps, j’excellais dans les tâches réflexives, la résolution de problèmes complexes, l’analyse globale et la communication orale. Cette dualité créait l’incompréhension de ma responsable, l’exaspération de certains collègues. J’étais perçue comme une énigme… et je me sentais seule avec ce décalage.
Mieux se connaitre la neuroatypie pour éviter le burnout et en faire une force
C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il était indispensable de mieux connaître mon propre fonctionnement : identifier ce qui me convenait, ce qui me portait, et ce qui, au contraire, m’épuisait. Ce besoin de compréhension s’est transformé en une curiosité profonde pour la neuropsychologie et les sciences cognitives. Mon appétence naturelle pour les apprentissages m’a alors conduite vers l’orthopédagogie.
Aujourd’hui, je sais que cohabitent chez moi un TDAH, une dyspraxie visuo-spatiale, des signes marqués de TSA et de dyslexie. Pendant longtemps, ces particularités ont été des énigmes qui m’ont menée à l’épuisement. Désormais, je les reconnais comme des ressources. J’en ai même fait mon métier : accompagner les personnes neuroatypiques et leurs familles à mieux se comprendre et aider les entreprises à créer des environnements professionnels plus inclusifs, plus humains et plus performants.
C’est ce chemin, entre neurodiversité, travail et prévention de l’épuisement que je vous propose d’explorer dans cet article.
« La différence n’est pas un défaut, c’est une manière unique d’habiter le monde. »
Une rencontre professionnelle au croisement de nos pratiques
Le 16 décembre 2025, j’ai eu le plaisir d’animer une conférence intitulée : « Neurodiversité au travail : changer de regard, libérer les talents ».
Parmi les participantes, Astrid Le Fur, auteure de ce blog et experte en prévention et accompagnement de l’épuisement professionnel, était présente. Nos échanges ont fait émerger de nombreux points de convergence entre nos pratiques respectives : comprendre les fonctionnements cognitifs, rendre visibles les efforts invisibles et prévenir les situations d’épuisement avant qu’elles ne deviennent irréversibles.
Cette conférence a été l’occasion de mettre en lumière un sujet encore trop peu intégré dans les organisations : la neurodiversité et son impact direct sur la santé mentale, la qualité de vie au travail et le risque de burn-out.
.
.
La neurodiversité : une réalité largement répandue
La neurodiversité désigne la variété des fonctionnements cognitifs humains. Elle repose sur l’idée qu’il n’existe pas un seul mode de pensée « standard », mais une pluralité de façons de :
- percevoir l’information,
- la traiter,
- mémoriser,
- apprendre,
- communiquer,
- interagir avec les autres.
Contrairement aux idées reçues, la neuroatypie n’est pas marginale.
On estime qu’environ 1 adulte sur 10 présente un fonctionnement neuroatypique :
- 5 à 6 % de personnes avec des troubles dys,
- environ 3 % avec un TDAH,
- 1 à 2 % avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA).
(Source HAS)
Fait encore peu connu : 15 à 20 % des chefs d’entreprise seraient eux-mêmes neuroatypiques.
Cela interroge directement notre conception de la performance, du leadership et de la réussite professionnelle.
Ces fonctionnements ne sont ni des faiblesses ni un manque de compétences. Ils correspondent à des différences neurologiques qui peuvent devenir sources de difficulté lorsqu’elles ne sont pas reconnues, mais aussi de véritables leviers de performance lorsqu’elles sont comprises et accompagnées.
.
.
Les troubles dys : quand le cerveau traite l’information autrement
Les troubles dys regroupent plusieurs troubles spécifiques des apprentissages. Ils concernent la manière dont le cerveau traite certaines informations, sans lien avec l’intelligence, la motivation ou l’engagement professionnel.
Ils incluent notamment :
– Les troubles du langage oral et écrit :
- la dyslexie (lecture),
- la dysorthographie (orthographe),
- la dysphasie (langage oral)
– Le trouble des apprentissages en mathématiques :
- la dyscalculie (traitement des nombres)
– Les troubles de la coordination :
- la dyspraxie (coordination et planification des gestes),
- la dysgraphie (geste d’écriture)
– Le trouble lié à un déficit des fonctions exécutives (inhibition, flexibilité, planification/organisation, mémoire de travail, régulation émotionnelle)
Ces troubles persistent à l’âge adulte, même si les personnes ont souvent développé des stratégies de compensation efficaces, parfois au prix d’une grande fatigue.
Les troubles dys en entreprise : une fatigue souvent invisible
En entreprise, les personnes avec des troubles dys doivent mobiliser une énergie considérable pour :
- lire et comprendre des documents longs ou complexes,
- rédiger des mails, comptes rendus ou synthèses,
- suivre des consignes multiples ou implicites,
- gérer les délais et les priorités.
Cette surcharge cognitive est rarement visible. Pourtant, elle entraîne :
- une fatigue accrue,
- une tension permanente,
- une peur de l’erreur,
- un sentiment d’illégitimité profond.
En parallèle, ces profils développent fréquemment :
- une vision globale et stratégique,
- une créativité marquée,
- une pensée en arborescence,
- une grande capacité d’adaptation.
Sans adaptation de l’environnement, cette compensation permanente peut devenir un facteur majeur d’épuisement professionnel.
.
.
Le TDAH : un trouble de la régulation attentionnelle
Le Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) concerne environ 3 % des adultes.
Il ne s’agit ni d’un manque de volonté, ni de rigueur, ni d’un défaut de concentration, mais d’une difficulté à réguler l’attention, l’impulsivité et parfois l’activité.
Il peut se manifester par :
- des fluctuations attentionnelles importantes,
- une difficulté à rester concentré sur des tâches peu stimulantes,
- une tendance à la dispersion,
- une impulsivité émotionnelle ou verbale,
- une hypersensibilité au stress.
Une richesse cognitive sous condition
Le TDAH s’accompagne également de nombreuses ressources :
- créativité,
- rapidité de pensée,
- capacité d’hyperfocalisation,
- énergie, enthousiasme, esprit d’initiative.
Cependant, dans des environnements très normés, multitâches, rigides et peu flexibles, les personnes avec un TDAH sont particulièrement exposées au burn-out, surtout lorsqu’elles cherchent à masquer leurs difficultés pour « rentrer dans les cases ».
.
.
TSA : un fonctionnement neurodéveloppemental spécifique
Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) concernent environ 1 à 2 % de la population. Ils regroupent des profils variés, avec des points communs autour :
- de la communication sociale,
- du traitement sensoriel,
- de la compréhension implicite,
- de la gestion du changement.
Il ne s’agit pas d’un manque d’émotions ou d’empathie, mais d’un fonctionnement différent dans la manière de décoder les situations et les interactions.
TSA et environnement professionnel
En entreprise, les personnes avec un TSA peuvent rencontrer des difficultés liées à :
- la surcharge sensorielle (bruit, lumière, open space),
- la fatigue liée aux interactions sociales,
- l’implicite des consignes ou des attentes,
- le stress face à l’imprévisibilité.
En revanche, elles disposent souvent de compétences très recherchées :
- rigueur,
- fiabilité,
- sens du détail,
- capacité de concentration approfondie,
- expertise pointue.
Lorsque l’environnement n’est pas ajusté, le stress devient chronique, avec un risque accru d’épuisement ou de retrait professionnel.
.
.
Neurodiversité et burn-out : un lien majeur
Les échanges avec Astrid Le Fur lors de cette rencontre ont mis en évidence un point fondamental : la neurodiversité non reconnue constitue un facteur de risque majeur de burn-out.
L’épuisement survient souvent lorsque :
- les efforts fournis restent invisibles,
- les besoins spécifiques ne sont pas entendus,
- les personnes se suradaptent en permanence,
- l’authenticité est perçue comme un danger.
Pour les profils neurodivergents, le coût énergétique de cette adaptation est considérable.
.
.
Changer de regard pour prévenir l’épuisement
Changer de regard sur la neurodiversité, c’est :
- passer d’une logique de normalisation à une logique d’ajustement,
- comprendre que l’équité n’est pas l’uniformité,
- valoriser les compétences plutôt que corriger les différences.
Cette approche rejoint pleinement le travail mené par des professionnelles comme Astrid Le Fur, dont l’accompagnement vise à prévenir l’épuisement en agissant à la fois sur l’individu, les relations et l’environnement de travail.
Former et sensibiliser : des leviers concrets
Dans mes interventions en entreprise, je propose des formations et ateliers ludiques et participatifs autour :
- de la neuroatypie (Vis ma vie de dys)
- du fonctionnement cognitif,
- des mémoires,
- des attentions,
- des styles de communication.
Ces espaces permettent aux équipes :
- de mieux se comprendre,
- de réduire les malentendus,
- d’oser exprimer leurs besoins,
- de renforcer la coopération.
Ces démarches s’inscrivent pleinement dans une logique de prévention des risques psychosociaux et de construction de relations professionnelles plus sereines.
Vers des organisations plus humaines et plus durables
La neurodiversité concerne toutes les entreprises. Elle interroge notre rapport :
- à la performance,
- à la norme,
- à la reconnaissance,
- à la santé mentale au travail.
La rencontre du 16 décembre 2025 et la présence d’Astrid Le Fur ont renforcé cette conviction : prendre soin des personnes, c’est aussi reconnaître et respecter la diversité de leurs fonctionnements cognitifs.
« Valoriser la neurodiversité, c’est optimiser le capital humain… »
.
.
CONCLUSION
Pour aller plus loin sur la neuroatypie : Site internet de Jocelyne Pineau : https://jocelynepineau-orthopedagogue.com/
D’autres articles sur le burn-out :
Le burn-out et le HPI :
- Burn out, et si vous étiez un Haut Potentiel (ou encore : HPI, zèbres, surdoués etc.) ?
- Gérer son énergie quand on est HPI : techniques et astuces pour ne pas finir épuisé
Mieux comprendre le burn-out :
- Le profil des candidats au burn out
- Avant le burn out : le burn IN
- Les 7 étapes du burn out
- Les symptômes du burn out
- Burn out : le moment de la chute
- Burn out ou dépression ? Quelle différence ?
Et vous ? Vous vous reconnaissez dans un profil neuroatypique ? Vous avez été ou failli être concerné par le burn-out ? Racontez-nous en quoi vos particularités ont pu vous pousser à l’épuisement et comment vous avez fait pour transformer cette difficulté en force.







0 commentaires