Témoignage Burn Out : Ralentir pour éviter le burn out – Maud

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Maud était ingénieur. Elle était en charge de la gestion de la production dans une grande entreprise européenne. Un jour, elle s’est effondrée, en larmes, à son poste de travail. Comment en est-elle arrivée là ? Mais surtout comment a-t-elle fait pour remonter la pente ?  Voici le témoignage de son burn out.

Aujourd’hui, 5 ans  plus tard, Maud à beaucoup appris de cet épisode de sa vie. Elle s’est découvert de nouveaux talents, a identifié ce qui était vraiment important pour elle. et s’est lancé dans un challenge de “21 jours pour ralentir”. Elle s’apprête maintenant à faire le grand saut de l’entreprenariat en devenant ambassadrice des ateliers “j’arrête de râler au travail”. Pour en savoir plus sur son histoire, je vous invite à lire la suite de cet article.


COMMENT LE BURN OUT EST ENTRE DANS MA VIE

Mon burn out s’est manifesté un mois d’avril alors que je venais d’arriver au boulot. J’ai ouvert ma messagerie. Il y avait un message de ma manager et je me suis dit « mais ils n’ont vraiment rien compris » et je me suis effondrée en larmes. Là ma collègue qui était à côté moi m’a dit « Cette fois c’est allé trop loin, on va à l’infirmerie ».


ISOLEMENT ET PERTE DE SENS, UN TERRAIN FERTILE AU BURN OUT

A première vue c’est en raison du travail essentiellement : de l’ambiance et de la forme de management

  • Une surcharge de travail
  • Pas de management bienveillant
  • Une situation de compétitivité entre collègues. Pas de solidarité.
  • Un sentiment de solitude, d’isolement face à la difficulté
  • Une perte de sens complet vis-à-vis de mon poste : Des décisions contradictoires motivées par des indicateurs financiers court-termistes. Un coup on devait lancer, puis arrêter la production. On se retrouvait en incapacité de livrer les clients.
  • Une hiérarchie autoritaire et misogyne.
  • Une perte d’autonomie dans notre périmètre de travail. Toutes nos décisions étaient contestées. Au final je n’avais plus aucune autonomie dans mes décisions.

Au bout du compte un service où chacun à ses pilules bleues (antidépresseurs, somnifères etc) dans son tiroir pour gérer les moments de stress. Plus personne ne s’étonnait de cet état de fait.


LE MANQUE D’ECOUTE DES ALERTES REMONTEES

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Pourtant, il y avait un plan de prévention des risques psychosociaux en place. Le service médical nous faisait remplir des questionnaires pour mesurer notre stress. Ils étaient censés donner l’alerte sur nos conditions de travail et notre état de santé. Nous les remplissions lors des visites médicales. Et il ne s’est portant rien passé par la suite.

Puis il y a eu un audit d’un cabinet conseil suite aux deux premiers arrêts pour épuisement. Le rapport disait qu’on avait déjà dépassé le seuil de l’alerte. On était déjà cramés en fait. Et pourtant, concrètement, aucune action n’a été faite ensuite. Moi, j’étais la troisième personne à m’arrêter.

Nous étions dans le cas d’un joint-venture et de ce fait il y avait beaucoup de personnes en sur nombre dans l’entreprise. Donc quand on allait voir la RH pour dire « ce n’est plus possible, je ne peux plus travailler dans ce service, les conditions ne me conviennent plus », on nous répondait « Si cela ne te convient pas tu n’as qu’à démissionner ». Il n’y avait pas d’entente de notre mal-être. Il ne se passait rien. Mes tentatives pour postuler dans un autre service ont été déboutées.


DANS MA VIE PRIVEE, J’ETAIS AUSSI DANS LE ROUGE

J’ai 4 enfants, la dernière était en bas âge. J’avais peu de soutien de la part de mon mari à la maison. Et je lui demandais peu de chose car ce n’était pas le père de mes 3 ainés.

De plus une grande incompréhension de sa part était que je ramenais du travail à la maison. J’avais 1h de transport le matin et le soir à cause des embouteillages. Donc je devais partir à 17h du bureau au plus tard pour pouvoir récupérer ma fille avant la fermeture de la crèche. Ce qui faisait que je ne faisais plus de pause à midi pour manger et que je rentrais à la maison avec mon ordinateur. Je rallumais mon ordinateur quand les enfants étaient couchés. Dans la fonction dans laquelle j’étais, c’était très compliqué de dire NON. Parce que quand je disais non à un client et que l’on ne pouvait pas les livrer dans les temps, nous pouvions subir de grosses pénalités financières derrière.

NB : pour aller plus loin , lisez l’article :  trentenaires une génération burn out ?


PENDANT 1 AN J’AI EU DES SYMTPOMES ANNONCIATEURS DU BURN OUT

Il y a eu une période d’un an où j’ai eu plusieurs alertes. J’ai commencé à perdre le sommeil, puis la mémoire. Je n’étais plus là. Je ne savais plus où je garais ma voiture. J’ai mis à 2 reprises de l’essence dans ma voiture diesel. Au travail c’était très difficile de ne pas somnoler. J’étais épuisée sur mon PC.

J’ai d’abord été arrêtée 1 mois. J’ai commencé une thérapie Gesthalt et un bilan de compétence. Je suis retournée au travail avec la décision de changer ma façon de travailler : manger à la pause de midi, partir à des heures raisonnables, et de ne plus rapporter mon PC à la maison. A partir du moment où j’ai fait ça, mes collègues ont eu l’impression que j’en faisais beaucoup moins qu’avant et surtout beaucoup moins qu’elles.


LA GOUTTE D’EAU QUI A FAIT DEBORDER LE VASE

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Puis une personne de notre équipe a quitté notre service et sa charge de travail m’est revenue. C’est ça qui m’a fait craquer. J’ai envoyé un message à ma manager en lui disant : « J’ai repris la charge de ma collègue. Je ne peux pas tout faire, quelles sont mes priorités ? » et elle m’a répondu « commence comme ça, on verra bien ». Et ça c’était le poids de trop, l’insupportable.

J’ai fondu en larmes. Et je me suis dis « Mais ils n’ont vraiment rien compris… ». Ma collègue m’a emmenée à l’infirmerie. Là il y avait toute une procédure très bien huilée. Je suis restée « en sécurité » dans une salle, sous surveillance, au cas où il me prenait l’envie de mettre fin à mes jours. Ils ont alerté mon entourage. Ce sont 2 collègues qui m’ont ramenée chez moi. Le médecin du travail à contacté mon médecin traitant en lui indiquant de me recevoir dans la journée.

Là, j’ai eu soulagement incroyable. Je pouvais redécouvrir les choses. Je dormais beaucoup, je végétais toute la journée et je m’occupais de la maison. A l’extérieur, il n’y avait rien de perceptible.


COMMENT J’AI FAIT POUR ME REMETTRE SUR PIEDS

Pour me remettre sur pieds, à la fois j’ai tenté de « ne rien faire » et « tout essayer ». Je me suis reconnectée à mes perceptions, à mes envies, ma curiosité, les communautés dans lesquelles j’étais.

Finalement se connecter à ses Envies, c’est être En Vie.

Je me suis remise au théâtre. Puis j’ai commencé à conter aux enfants, à la bibliothèque, les vendredis après-midi. Et là, j’avais vraiment l’impression d’être à ma place. En se remettant en connexion avec le récit, la création, je me suis mise à écrire mon histoire.

Dès le début j’ai eu envie d’en faire quelque chose de positif. Et très vite j’ai compris que je n’étais pas victime, pas coupable non plus. Mais j’étais responsable de ce que j’écrivais. C’est ainsi que je suis entrée doucement dans un mécanisme d’écriture.

En même temps, mon contexte familial était compliqué. Mon mari était perdu. Il ne comprenait pas du tout ce qui m’arrivait. Ce sont nos amis qui l’ont aidé. Ils lui ont dit : « mais là je crois qu’il ne faut pas qu’elle fasse quoi que ce soit. Il faut qu’elle ne fasse RIEN ». Ce sont eux qui ont permis à mon mari de prendre conscience de l’état dans lequel j’étais. Du coup mon mari s’est plutôt effacé. Comme il aime bien donner des conseils, le fait de se taire était surtout pour éviter de dire n’importe quoi. Finalement il m’a épargné ses états d’âmes.


QUAND J’AI DECIDE DE CHANGER DE VOIE PROFESSIONNELLE

Au bout d’un an, j’ai commencé à avoir des pressions de la mutuelle de l’entreprise Avec une première visite médicale pour une expertise. Le risque était que les indemnités perçues par ma mutuelle soient supprimées. J’étais décidée à quitter mon poste, mais mon employeur refusait toute rupture conventionnelle. J’ai finalement pu partir grâce aux syndicats qui m’ont aidée dans la recherche de solutions avec mon employeur.

Pendant ma période de chômage, j’ai eu des phases de recherche active et des phases de découragement. En fait, je ne savais où me positionner. Je voyais bien que je ne pouvais plus faire le même type de travail qu’avant. A ce moment-là, j’étais accompagnée par une personne qui n’était pas du tout compétente face à un burn out. Elle n’avait qu’une hâte c’était de me caser rapidement et moi j’avais compris que je ne pouvais plus me presser. Donc la dernière année je me suis débrouillée toute seule.

J’ai essayé de trouver des postes dans mon précédent domaine d’activité mais avec moins de responsabilités (non cadre). Et là les entreprises ne voulaient pas me prendre parce que j’étais trop qualifiée, elles avaient peur que je m’ennuie.

Au bout d’un moment j’ai compris qu’il fallait que je change de domaine. Du coup j’ai élagué mon CV, je n’ai mis qu’une ligne sur chacune de mes expériences et j’ai mis en avant mon tout premier poste d’assistante de direction. Grâce à cela, j’ai pu trouver un poste d’assistante de direction.

Maintenant, j’ai repris confiance en moi. Je suis en train de me former pour être « ambassadrice d’ateliers j’arrête de râler», une méthode développée par Christine Lewicki. Ce qui me permettrait d’associer mes talents de conteuses à mes convictions sur le bien-être au travail. Dans « j’arrête de râler », ce que j’apprécie, c’est que la personne prend sa part de responsabilité pour être heureuse au travail. J’arrête de râler, ça veut dire aussi « je ralentis, je ne réponds pas au quart de tour » ou encore « j’écoute plus les autres, je rentre en contact avec mon environnement ».

Pour aller plus loin, lisez l’article de la conférence de Christine Lewicki : choisir d’aimer son boulot


LE JOUR OU JE ME SUIS LANCEE DANS UN CHALLENGE POUR RALENTIR

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– Comment tout à commencé  :

En fait, tout a commencé quand j’ai acheté un extracteur à jus. Je me suis rendue compte que faire mon jus tous les matins m’apportait beaucoup de plaisir. J’avais l’impression de me faire du bien en allant à mon rythme, de prendre soin de moi en prenant mon temps. Et je me suis dit : « et si finalement je faisais chaque chose à mon rythme ? Et si pour cela, je commençais par établir mes priorités ».

Pour pouvoir prendre du temps pour ce qui était prioritaire pour moi, je devais donc me débarrasser des choses qui ne l’étaient pas ou les traiter de façon efficace en faisant autrement. Je me suis donc mise en position d’observatrice dans tout ce que je faisais. J’ai observé mon rythme et celui des autres.

Depuis j’ai définitivement pris la décision de respecter MON rythme, qui est un rythme lent. J’ai choisi de l’assumer complètement aux yeux de ma famille et de mon environnement professionnel.

– Ce que ça change dans ma vie aujourd’hui  :

Par exemple avant j’apportais des plats tout prêts que je consommais au travail pendant ma pause. Maintenant, j’apporte des légumes que je cuisine sur place. Et cela change beaucoup de choses parce que cela questionne aussi les autres. Une de mes collègues a commencé à se dire : « Et si je prenais le temps d’aller à la gym ce midi ». Puis une autre s’est dit : « Tiens, pourquoi je me presse le matin pour être là à 8h. Je pourrais prendre mon temps, arriver à 8h15 et repartir à 15 minutes plus tard le soir ». Pourquoi est-ce qu’on s’oblige à rentrer dans rythme qui n’est pas le nôtre ? Surtout si on est à un poste où il est possible d’être flexible.

Cet état d’esprit me permet aussi d’être constamment vigilante vis-à-vis du burn out. Affirmer mes besoins et ce qui est le mieux pour moi, est important pour ne pas sombrer de nouveau dans le burn out.

Un autre exemple : aujourd’hui je prends le temps de décharger mon caddie sans me presser. Je préviens les personnes autours : « je vous préviens, je vais être un peu longue. Si vous voulez changer de file, n’hésitez pas ».

– Ce que cela m’apporte  :

Cela m’a obligé aussi à planifier un minimum pour me permettre de ralentir. Je me lève plus tôt le matin car il je prends 2h pour me préparer à mon rythme. J’ai ainsi le temps de faire mon sport, mon jus, ma douche tranquillement. Et je peux ainsi partir au travail avec la banane.

Je me suis aussi rendue compte que, du coup, spontanément, les autres m’offraient plus d’aide. Par exemple mes enfants m’aident à décharger les courses pour qu’on ne soit pas en retard ensuite. Mon mari prend le relais pour accompagner les enfants à l’école. J’ai lâché l’envie de tout maîtriser autour, la seule chose que j’essaie de maîtriser c’est mon bien-être. Au final je porte une charge moins lourde.


IL Y A URGENCE A NE RIEN FAIRE : MON MESSAGE ANTI-BURN-OUT

Moi ce qui m’a aidé c’est de me dire : « il y a urgence à ne rien faire ». Ça, c’est pour moi, la fin de la course, de l’accélération. Et de toute façon si on ne le fait pas, notre corps le fera pour nous. Moi j’ai eu besoin d’aller jusqu’au burn out.

Au final je suis en « apesanteur ». La pesanteur, est un champ d’accélération. Donc s’il n’y a pas d’accélération, il n’y a pas de pesanteur. En ralentissant, en faisant une pause, je suis donc « comme en apesanteur » : en observation de tout ce qui se passe. J’ai ainsi une meilleure perception de ce qui se joue, une meilleure écoute des autres aussi. Et finalement il peut se passer plein de trucs désagréables, je peux prendre du recul. Je ne suis plus dans l’obligation de trouver une réponse rapidement. Je peux profiter de chaque instant comme un cadeau de la vie. (cf l’article faire une pause avant que la pause ne s’impose)

Il faut accepter qu’après le burn out, ce ne sera plus jamais comme avant. Et tant mieux, parce que dans mon cas, pour rien au monde je ne reviendrais en arrière à vivre comme je le faisais avant.

Savoir s’entourer. Choisir les personnes qui nous font du bien. Les thérapeutes qui nous font du bien. Se faire confiance pour cela. C’est vous qui avez les clefs dans les mains.


CONCLUSION

Pour lire un autre témoignage de burn out professionnel : témoignage du burn out de Nathalie (RH)

Et vous, que retenez de ce témoignage ? Que vous inspire-t-il ?

Vous avez vécu une histoire similaire, partagez le dans les commentaires !

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photos : Pixabay : NeuPaddy, a_roesler, Free-Photos, oldiefan

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