Témoignage Burn Out : Quand les limites ne sont pas entendues – Nathalie

RH


Nathalie était RH dans une grande entreprise française. Elle y a travaillé plus de 10 ans jusqu’à ce qu’elle fasse un burn out. Des conditions de travail de plus en plus compliquées, des outils obsolètes, une charge de travail intenable, des alertes non entendues mais aussi une envie de tenir et de servir les clients. Pour en savoir plus sur son histoire, lisez la suite de cet article.


PTB : Bonjour Nathalie, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Bonjour, j’ai 52 ans, 3 enfants et je suis mariée. Je suis à mon compte en tant que consultante, formatrice et coach et j’interviens auprès d’entreprises, d’associations et de particuliers sur des sujets liés au domaine professionnel. J’ai toujours travaillé, hormis les périodes liées à la maternité ou quelques épisodes de chômage ponctuels en cours de carrière, liés aux aléas de la vie des entreprises. On peut dire que la vie professionnelle a toujours été importante pour moi.


PTB : Comment l’épuisement professionnel est-il arrivé dans ta vie ?

« Une accumulation de plein de choses qui duraient depuis des années »

C’est en fait une accumulation de plein de choses qui duraient depuis des années. Une durée très longue pendant laquelle le travail n’a fait qu’augmenter avec des pressions de plus en plus fortes et des moyens de moins en moins présents. Il y avait un gouffre entre les attentes de l’entreprise et les moyens que j’avais à ma disposition. L’ensemble de tout cela au fil du temps a fait que je me suis sentie de plus en plus débordée, pas en mesure de faire mon job correctement. Je faisais des horaires dingues. Je travaillais le week-end pour récupérer ce que je n’avais pas fait la semaine, dans l’idée que j’allais ainsi recommencer ma semaine plus correctement. Et ça s’est installé dans la durée malgré les alertes répétées auprès de mon management.

« Les outils nous faisaient perdre un temps infini »

J’ai passé plus de 10 ans dans cette entreprise, et les premières années, j’avais une charge bien moins importante et plus de liberté pour m’organiser dans la façon dont je gérais mon travail. A un moment donné on est arrivé dans une organisation de plus en plus internationale, ce qui fait que notre direction n’était plus en France et nous gérait de manière très procédurale.

Tout un tas d’outils ont été mis en place pour avoir de la visibilité sur notre travail et extraire toutes les données dont ils avaient besoin. Cela nous prenait un temps fou car ces outils n’étaient pas stabilisés. Il y avait beaucoup de bugs. Parfois on était obligé de recommencer 2 fois, 3 fois les saisies. Cela nous faisait perdre un temps infini. C’était infernal et démoralisant, car tout ce temps passé à cela ne permettait pas d’avancer sur tout le reste de notre travail qui s’accumulait.

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L’organisation et les process changeaient en permanence, chaque fois cela devait nous faire gagner du temps, être plus productif, mais on passait notre temps à nous adapter à de nouvelles façons de faire, à ne jamais savoir finalement qui faisait quoi – mais ça allait s’organiser ! – à faire et défaire. Finalement on passait plus de temps à travailler différemment qu’à travailler vraiment. J’avais le sentiment de ne même plus arriver à faire mon travail.

« Ce que je vivais mal, c’était que cela touchait à (mon) image professionnelle »

Ce que je vivais mal, c’était que cela touchait à l’image professionnelle que je donnais à mes clients. Ils n’avaient pas conscience des problématiques auxquelles je faisais face. Ils ne comprenaient pas pourquoi on ne pouvait répondre correctement à leur demande. Il n’y aurait eu aucun intérêt à leur expliquer nos difficultés internes, ce n’était pas leur problème. Je le comprenais, mais cela remettait en cause le fait que je sois capable de répondre à leurs demandes correctement. Je le vivais de plus en plus mal.

Etre débordée en permanence. Passer mon temps à survoler. Répondre au plus urgent, avec des outils chronophages. Avoir des réunions sans arrêt parce que le constat de la Direction était insatisfaisant de manière globale dans notre division et qu’il fallait s’organiser autrement : trouver d’autres idées pour faire mieux, etc… Je n’avais plus de temps pour travailler à ce que devait vraiment être mon travail.

« Dans le discours ils étaient là, dans les faits, il ne se passait rien »

Au fil des mois, plusieurs collègues ont dit stop et ont quitté le service. De mon côté, j’ai de plus en plus tiré sur la corde, puisé dans les réserves pour tenir le cap et lançant des alertes de plus en plus importantes car j’avais conscience que cela ne pouvait pas continuer comme cela. On me répondait : « je comprends bien ton problème, mais on ne peut pas faire autrement », « Là, pour le moment, il n’y a pas le choix », « Remets-toi en cause par rapport à tes manières de travailler », « Fais attention à toi ». C’était le serpent qui se mordait la queue. Dans le discours ils étaient là, mais dans les faits, il ne se passait rien. Et moi je ne touchais plus terre, et je me sentais piégée car je ne pouvais pas craquer, c’était impensable pour moi, j’étais sûre que j’allais y arriver.

« Ce qui était très piégeux, c’est que j’étais reconnue pour ce que je faisais »

Ce qui était très piégeux, c’est que j’étais reconnue pour ce que je faisais. J’avais des promotions, des primes, une forte évolution salariale depuis plusieurs années. J’étais invitée à des réunions très fermées et cela flattait mon égo. Donc c’était extrêmement compliqué de montrer que je n’y arrivais pas. Finalement c’était très manipulateur, même si je ne dis pas que c’était volontaire de leur part.

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C’était la première fois de ma vie que je me sentais dans une impasse. J’étais dans une situation professionnellement très valorisante (niveau de poste, de salaire, de reconnaissance) et qui en même temps me détruisait. Un autre point important est que majoritairement on me disait : « mais comment tu fais, c’est dingue la charge de travail que tu as ! ». J’y voyais un challenge, la reconnaissance que je me dépassais et ça créait une forme d’excitation en plus.

« Ces symptômes arrivaient au travail et progressivement cela a envahi toute ma vie »

A un moment donné j’ai commencé à ressentir des symptômes de stress : estomac noué le matin, des palpitations, des vertiges, un stress très important qui s’installait à tout moment. Je connaissais le burn out et j’étais parfaitement consciente de la situation dans laquelle je me trouvais, mais avec le recul je sais que je ne voulais pas l’accepter.

Ces symptômes arrivaient au travail et progressivement cela a envahi toute ma vie. Mon mari a commencé à se plaindre que je travaillais trop, tout le temps, y compris le week-end. J’étais fatiguée, irritable même si je prenais beaucoup sur moi. Cela rajoutait encore à ma difficulté pour tenir. Au niveau social, petit à petit je ne voyais plus personne, je n’avais plus aucune activité, pas de temps libre, pas de pause. Au final je n’avais plus aucune vie.

Tout cela a duré 1 an et demi. Au début je me disais : « c’est du surmenage, je vais gérer ». Mais au bout d’un an, j’ai senti que j’allais vers l’épuisement professionnel.

« Je suis dans un manège qui va une vitesse phénoménale et je ne peux pas sauter !»

Entre temps il y a eu d’autres départ de collègues de mon service, ce qui fait qu’on m’a demandé en plus de gérer leur charge « provisoirement ». Quand j’ai lancé ma dernière alerte par écrit à la direction, je disais que j’étais déjà à 150 % de charge et que je devais assumer la mission de 2 autres collègues qui étaient partis. J’étais donc à 350%.

J’ai demandé un entretien en indiquant que je souhaitais arrêter. J’ai pris sur moi mais j’ai officiellement annoncé que je ne pouvais plus tenir mon poste. Et là on me dit : « mais on n’a pas le choix. C’est toi qui es la plus sénior, la mieux positionnée, donc on te demande de tenir le cap jusqu’à la fin de l’année et on va essayer de trouver des solutions ».

Je sentais que j’allais vraiment craquer. Je n’arrivais plus à tenir mon poste. J’étais vraiment en grande souffrance. Je faisais semblant de gérer mais tout prenait de plus en plus de retard et me prenait de plus en plus de temps. C’était très humiliant. Mais je voulais tenir le coup.

Au final ils n’ont tenu aucun compte des alertes que j’avais remontées. Je me suis trouvée embarquée dans une situation dont je ne voyais pas le bout. J’ai alors décidé de prendre une coach pour me sortir de là car je savais à ce stade que je n’y arriverais pas toute seule. J’étais allée trop loin, et la honte de craquer si je continuais ainsi l’emportait sur tout.

« Un jour, en pleine journée, j’ai fait un très gros craquage »

Avec cette coach, nous avons travaillé plusieurs séances ensemble puis coup dur, elle m’a annoncé que pour des raisons personnelles, elle devait temporairement arrêter de travailler. Dans la foulée, j’ai eu un accident de voiture dans le cadre d’un déplacement professionnel qui a fait que j’étais obligée de m’arrêter. Pendant cet arrêt on m’a découvert une tumeur dans bras, j’ai dû me faire opérer et être en arrêt plus longtemps que prévu. C’était un enchaînement de choses qui ne sont pas là pour rien. J’ai réellement pris la mesure de mon épuisement pendant cet arrêt et que je ne pouvais plus continuer ainsi.

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Du coup à mon retour, j’ai demandé mon départ. Et là j’ai eu une pression de dingue. Ils m’ont dit : « Si tu n’es pas capable de faire ce job, t’a qu’à démissionner. Mais il est hors de question qu’on accepte une rupture conventionnelle. ». Là j’ai eu le sentiment d’être dans une impasse complète. Je n’étais pas physiquement et psychologiquement en état de gérer la situation.

Et un jour, j’ai constaté que mon cerveau ne suivait plus, impossible de me concentrer sur ce que j’entendais en réunion, de lire mes mails. J’ai commencé à avoir des palpitations.

J’ai tenu toute la journée, et une fois arrivé chez moi, mon corps a pris le dessus. J’ai été prise de tremblements. J’ai eu des crises de larmes. Le soir à la maison j’étais dans l’incapacité de faire quoi que ce soit. Un énorme craquage nerveux quoi. Mon mari est arrivé et m’a trouvé dans cet état-là. Et il m’a dit : « maintenant c’est terminé je ne veux plus que tu y retournes ». Il a fait en sorte que je vois le médecin. J’ai été en arrêt 2 mois et demi.


PTB : Qu’est-ce qui s’est passé à partir du moment où tu as été arrêtée ?

« J’ai pleuré et dormi pendant 15 jours »

Une fois que je me suis arrêtée, j’ai eu une première phase de détresse au moment de l’arrêt de travail car pour moi c’était un effondrement : je savais que je ne pourrais plus reprendre mon poste. J’ai pleuré et dormi pendant 15 jours. Je lâchais, mon corps avait pris le dessus et m’obligeait à le faire. Mon médecin m’avait donné des médicaments en support : des anti-dépresseurs à un dosage très faible. Ce qui m’a beaucoup aidé même si je rechignais au départ à prendre des médicaments, cela m’a permis de gérer mon état émotionnel et de ne pas rester dans la déprime.

« A un moment je me suis dit : accepte ce qui se passe et fais-en quelque chose »

A un moment je me suis dit : « accepte ce qui se passe et fais-en quelque chose ». Et là c’est le début de la remontée. C’est là que j’ai commencé à travailler avec la coach que j’avais contactée. Avant l’arrêt, depuis 2 ans, je murissais le projet de créer mon activité. On a travaillé sur là où j’en étais, comment transformer ce qui m’arrivait en quelque chose de constructeur pour mon futur projet et comment faire en sorte de ne pas me remettre dans la même situation. J’ai identifié tout ce que je devais mettre dans ma vie en général pour avoir l’environnement qui me convient.

En parallèle, j’ai mis en place un ensemble de choses pour aider mon corps à aller mieux. J’ai été voir des thérapeutes : homéopathes, acuponcteurs, naturopathe, réflexologue plantaire, thérapie énergétique etc. Tous les jours j’allais marcher au moins 1h dans la nature. J’ai fait attention à mon alimentation. J’ai fait de la méditation. Au final, je me suis créé un environnement porteur, positif, énergisant, de façon créer les conditions de ma reconstruction. Puis, petit à petit la confiance en moi en revenue.

NB : pour aller plus loin sur comment prendre soin de soi après une burn out avec le nerf vague, lisez : 6 astuces anti-stress avec le nerf vague

Alors je me suis sentie capable d’affronter à nouveau cet environnement professionnel, le médecin a autorisé une reprise en mi-temps thérapeutique. J’étais suffisamment solide pour enclencher la discussion avec la direction et j’ai réussi à négocier un accord de rupture conventionnelle. J’ai pu ainsi préparer mon départ en toute sérénité. Je n’avais plus l’impression de fuir. J’ai organisé le transfert de mes activités sur d’autres personnes et j’ai pu fermer la porte de ce job avec apaisement.


PTB : Tu nous as dit que tu avais quitté ton travail, que fais-tu aujourd’hui ?

Je suis à mon compte, j’accompagne également des personnes en souffrance dans leur travail ou des organisations qui constatent qu’il faut changer quelque chose à leur mode de management pour ne pas subir des équipes à bout de souffle, du désengagement.

C’est un choix que je suis réellement satisfaite d’avoir fait car je gère mon travail comme je le souhaite, avec conscience, et en ayant retrouvé du sens pour ce que je fais.


PTB : Au final quel conseil donnerais-tu aux lecteurs de Partage Ton Burn Out ?

« Prendre conscience du déni dans lequel nous sommes et fixer ses limites »

Mon premier conseil, c’est de prendre conscience du déni dans lequel nous sommes et de se faire aider. Car qui dit déni, dit : je vais y arriver, je suis fort, je vais tenir, de toute façon ça ne peut m’arriver à moi.

Quels que soient les moteurs qui nous animent, en prendre conscience permet de se fixer des limites. Car mon retour d’expérience est que je ne savais pas mettre de limites, ni à moi-même ni aux autres. Et mon plus grand piège a été que les retours positifs professionnellement de fonctionner ainsi en no limite. C’est un peu donner l’image d’une super woman. C’est hyper flatteur pour l’ego, mais tout être humain a des limites. Il n’est pas possible de maintenir un rythme effréné dans la durée sans craquer physiquement, mentalement, émotionnellement.

NB : pour aller plus loin sur le mythe de Wonder Woman : lisez l’article trentenaires une génération burn out

Cela prendra plus ou moins de temps selon les personnes, mais ce qui est sûr c’est que ça arrive forcément. Un jour on craque !

« Se faire accompagner »

Donc prendre sur soi pour réaliser ce déni, se faire accompagner pour en sortir et prendre du recul (thérapeute, amis, coach, sport, alimentation, etc… il existe de multiples formes d’aides complémentaires), comprendre son fonctionnement et quelles limites il est important de fixer à soi et aux autres, pour pouvoir à nouveau retrouver son efficacité, sa performance et du plaisir au travail, sans craindre que cela se reproduise.

reflechir

CONCLUSION

Aujourd’hui, avec le recul, je suis convaincue que si j’avais fait cela avant, j’aurais vécu très différemment mon travail, cette surcharge, les limites à mettre.

Peut-être que j’aurais conservé mon poste car je suis convaincue que j’y aurais été différente et plus performante. J’avais envie d’autre chose, cela a été un accélérateur qui a occasionné beaucoup de dégâts mais finalement je me dis « ce fut un mal pour un bien ».

NB : pour aller plus loin sur la notion de résilience, lisez l’article le secret de ceux qui rebondissent

Aujourd’hui, je suis très vigilante. Je perçois les alertes bien plus vite quand je vais trop loin dans ma charge (et là il n’y a que moi à blâmer puisque je suis à mon compte !!) je m’ajuste, je me respecte. Je fais une pause. Je fais ce que je peux faire, du mieux possible pour moi. Et lorsqu’il y a un gros coup de surcharge, c’est ok mais je veille à me donner un temps de récupération, même si cela veut dire que je travaille moins après.

Pour aller plus loin sur l’importance de faire des pause, vous pouvez lire l’article les 10 signes qu’il est temps de faire une pause et faire une pause avant que la pause ne s’impose

Pour aller plus loin sur la notion de prendre soin de soi, vous pouvez lire l’article 21 jours pour prendre soin de soi

Je ne suis plus Super Woman et c’est mieux ainsi !! Je me sens aujourd’hui une professionnelle reconnue, mes clients me le prouve, en ayant accepté de fonctionner différemment, et surtout en me respectant.

Et vous que vous inspire ce témoignage  ? En quoi ressemble-t’il ou pas à votre histoire ? Qu’est-ce que cela vous en apprend sur le mécanisme dans lequel se met en place le burn out ?

Vous avez aimé ? N’hésitez pas à laisser un message, liker, partager de façon à ce que d’autres puissent découvrir ce blog et peut-être avancer un peu plus sur leur chemin.

Photos : Pixabay : janeb13, geralt, free-photos, valtercirillo, pexels

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3 réflexions sur « Témoignage Burn Out : Quand les limites ne sont pas entendues – Nathalie »

  1. Merci pour le partage honnête et authentique, c’est un bon rappel qu’il faut prendre soin de soi.

    C’est aussi intéressant de voir comment Nathalie a pu apprendre grâce au burn-out. Parfois il faut tomber très bas pour bien se reprendre! Et sur le long-terme, c’est souvent mieux que d’avoir pu continuer comme on était avant pendant 10 autres années… C’est sûr que si on peut éviter! :p Mais on a toujours cette chance, il faut apprendre à la dure comme on dit!

    Bien à vous et encore merci!

  2. Merci pour ce témoignage ! Je suis également en train de lire un autre témoignage d’une femme prise dans l’engrenage du burn out qui en a fait un livre, et c’est à la fois impressionnant et extrêmement utile… Lire ce genre de témoignage m’aide à me mettre dans la peau d’une personne qui vit cette réalité et à mieux comprendre ce qu’est le burn out !

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