Burn Out : Quand la valeur travail nous tue

valeur travail


Quand la valeur travail nous pousse au burn out. 

Rémi* est cadre, pendant 20 ans, il a donné de lui-même. Un matin, sans prévenir, son monde s’est écroulé. Il s’est retrouvé recroquevillé dans son garage, luttant contre une envie soudaine de mettre fin à des années de pression. 

Mais que s’est-il passé ? Comment cet homme fort, volontaire a pu en arriver là ? Comment la valeur travail l’a t’elle poussé au burn out ? Pour en savoir plus, je vous invite à lire cet article.

C’est sur la presqu’île de Conlau que je rencontre Rémi. Comme un morceau de terre posé sur la mer et entouré de bateaux, cet endroit ressemble a un havre de paix. Le temps est à la pluie, une bruine dense balaye mon visage, pourtant à l’intérieur, mon cœur rayonne. Je sais que je suis à ma place.

L’interview a lieu dans le bar de l’hôtel posé sur la presqu’île, face à la mer. Au cliquetis des bateaux, s’ajoute les bruits des tasses à café et de la machine à presser le jus d’orange. Ce doux fond sonore, me laisse penser que mon interview vidéo devra se transformer en article écrit.

Voici donc son histoire…


1- PTB : Bonjour Rémi, peux-tu nous en dire plus sur toi ?

Je me suis fabriqué un peu tout seul. J’ai vu mes parents travailler durement toute leur vie dans des métiers laborieux, ingrats, dans nu esprit de soumission sans faille. J’avais envie de faire autre chose de la mienne. J’aspirais prétentieusement à prendre l’échelle de l’ascenseur social.

J’ai toujours travaillé beaucoup, tête baissée. Je me suis attaché à obtenir des diplômes pour obtenir des postes intéressants où je me suis éclaté. C’était devenu une habitude de vie de toujours travailler beaucoup, de m’investir beaucoup.

Je rayonnais ça aussi autour de moi. Mes enfants je les ai éduqués aussi avec cette valeur travail hyper importante, jusqu’au jour où je suis tombé : burned out !


2- PTB : Comment le burn out est-il entré dans ta vie ?

JE PENSAIS QUE C’ETAIT JUSTE UN COUP DE POMPE

Il est rentré, sans que je ne m’en aperçoive. J’étais en surmenage, fatigué, mais pour moi c’était juste un coup de pompe.

C’est très insidieux. Ça m’envahissait. Je sentais d’un côté que je n’allais pas réussir à sortir la tête de l’eau et en même temps, je ne supportais pas qu’on m’aide.

Comme je ne m’en sortais plus, je bossais de moins en moins bien. Et je le savais. Dès qu’on proposait m’aider, je refusais parce, pour moi, cela aurait confirmé le fait que je n’étais pas à la hauteur.

PETIT A PETIT JE ME SUIS ENFONCE

Petit à petit je me suis enfoncé. J’avais un poste à responsabilité avec une équipe de cadres. La direction mettait beaucoup de pression sur les résultats de mon service. Qu’il y ait des exigences sur les résultats, c’est normal. Mais il y avait des phrases dures qui revenaient en boucle.

Quand les résultats sont bons, ils sont partagés, mais quand les résultats sont mauvais, là on cherche les coupables.

Et au sein de mon équipe… un chef qui vacille, c’est aussi une opportunité pour briller et jouer sa carte personnelle. Calife à la place du calife ! La solidarité, la bienveillance tant prônées dans tous les bons manuels de management, ne résistent pas bien longtemps à la tentation d’occuper un nouvel espace. Finalement, c’est ce qui m’a le plus touché.

LES CAUSES DE MON BURN OUT :

Au final, les causes ont été pour moi :

  • Mon envie de montrer ma valeur et de ne pas lâcher
  • Une très grosse charge de travail : je faisais beaucoup d’heures
  • Une pression chronique sur les résultats avec un discours pas toujours bienveillant
  • Pas d’environnement de confiance dans l’équipe
  • Une rupture par rapport à mes valeurs

Tout ça ce n’est pas un problème sur une courte durée, mais quand cela dure un an, cela devient lourd à porter.

NB : Pour en savoir plus sur comment communiquer de façon efficace et bienveillante avec vos collaborateurs, lisez l’article sur comment faire un feedback efficace


3- PTB : Quels ont été les symptômes pendant la phase de “burn in” (stress chronique avant burn out) ?

Les symptômes ont été :

  • Une grosse fatigue
  • Des insomnies
  • Une perte d’efficacité au travail
  • Une irritabilité le soir
  • Des problèmes de mémoire
  • Je rentrais tard le soir
  • J’avais fait le vide autour de moi : je ne faisais plus de sport, de musique

Au final, je me sentais seul, pas à la hauteur, j’avais l’impression d’être un imposteur. Comme si j’avais volé ce poste. Je n’avais plus d’énergie, pour pouvoir trouver des solutions.

NB : pour en savoir plus sur l’importance de faire des pauses, lisez ces articles :


4- PTB : qu’est-ce qui fait qu’un jour ça a lâché ?

CE MATIN-LA JE NE VIBRAIS PLUS DU TOUT

Et bien c’est très étrange. C’était le matin.

La veille, un samedi soir, j’avais fait un dîner avec des amis. Ils m’avaient fait remarquer que je ne faisais que bosser, que je devenais distant, que je n’étais pas bien. Ils m’ont dit « Rémi, tu as l’air fatigué, tu es ailleurs, tu n’es pas dans les conversations, fais attention à toi ».

Le dimanche matin, je me suis levé, je me suis assis devant le piano. Cela faisait très longtemps que je n’avais plus joué. Et là, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à jouer et que je ne prenais plus aucun plaisir à entendre les notes. En fait je ne vibrais plus du tout. Ça m’a fait un gros choc. Tout s’effondrait d’un coup.

Je me suis isolé dans mon garage avec une envie obsessionnelle d’en finir avec toute cette pression. C’était hyper violent. J’avais trouvé une solution irréversible.

Mon fil était là. Peut-être par instinct de survie, je lui ai dit : ”va vite chercher maman”. Ma femme a accouru. Elle m’a récupéré recroquevillé dans mon garage. Elle m’a dit « là, maintenant on arrête tout ! » .

LA DESCENTE AUX ENFERS

Elle m’a emmené chez un médecin comme un enfant. A partir de là, tout s’est effondré d’un coup. J’étais incapable de faire quoi que ce soit. Le médecin a demandé à ma compagne de rester une semaine avec moi. C’était la descente aux enfers.

Je pensais que cela allait durer 15 jours et qu’en suite j’allais repartir. En fait j’ai dormi pendant un mois. J’étais sous médicaments. Je ne pouvais plus lire. Arrivé au bout de la ligne, je ne savais plus ce que j’avais lu au début.

Puis au bout d’un mois, j’ai commencé à me demander « qu’est-ce que je vais faire maintenant ? ». Mon médecin généraliste a tout de suite pris la mesure de ce qui m’arrivait. Il m’a dit : « ce qu’il vous arrive est grave, vous en avez pour un bon moment. Dans 6 mois vous y serez peut-être encore ». Moi je ne le croyais pas du tout au début. C’était très angoissant pour moi qui était attaché à cette valeur travail. Je bossais pour vivre. Donc quand cela s’en va, il n’y a plus rien, plus de repère.


5- Qu’as-tu mis en place pour être bien aujourd’hui ?

Je me suis décidé à aller voir une psychologue. Ce n’était pas facile pour moi d’aller raconter ce qui m’arrivait alors que moi-même je n’y comprenais rien du tout. Je n’arrivais pas à mettre des mots sur mon état et ma situation.

Quand on se fait accompagner, c’est le grand déballage, on raconte ce qui nous est arrivé. Au début je restais beaucoup en surface. J’étais très en colère contre ma boîte. Et puis petit à petit nous avons exploré la part qui m’appartenait. Et je me suis rendu-compte que je devais aussi changer mon rapport au travail.

Avant je vivais à 150km/h et ensuite on vit à 20km/h, puis petit à petit à 30km/h etc. Là je ne suis pas encore revenu à ma vitesse de croisière. Cela fait un an et demi, cela prend du temps. Le facteur temps est très important : le temps perdu à courir sous pression est brûlé, mais j’ai le choix de consumer ou non le temps à venir.

Depuis, je suis reparti de zéro. Je me suis réapproprié mon corps : j’ai commencé par marcher, faire du sport, de la musique, du bricolage, lire etc. J’ai pris du temps pour moi. Je n’ai pas de souvenir d’avoir fait ça avant. Soit je faisais des choses qui me plaisaient, soit je faisais « rien », comme une nouvelle activité pour moi. Il fallait aussi reprendre confiance et prendre du plaisir dans les petites choses de la vie.

Les 3 premiers mois je n’avais qu’une envie c’était de reprendre le travail. Tout en sachant que j’en était incapable puisque je passais 12h par jour à dormir. Parce que mon corps et mon esprit le réclamaient, aussi parce que c’était mon seul repère. Ensuite j’ai repris progressivement des activités en veillant en permanence à mon état de fatigue. Les batteries se déchargent très vite au début. Progressivement aussi, il a fallu réapprendre à se concentrer, à mémoriser. Les choses reviennent très lentement, comme une punition d’avoir été trop pressé.

NB : pour aller plus loin lisez l’article : 21 jours pour prendre soin de soi


6- PTB : Comment s’est passé ton retour au travail ?

A mon retour au travail, j’ai échangé avec ma hiérarchie pour partager le diagnostic de ce qui s’était passé. J’ai expliqué que, de mon côté, j’avais interrogé ma vision du travail et mon rôle dans ce qui m’était arrivé. Mais il était important aussi qu’ils prennent leur part de responsabilité et que ce questionnement ait lieu aussi dans l’entreprise.

Je me suis rendu compte que c’était important pour moi d’agir contre le burn out. Il y avait d’autres personnes en mal-être dans ma société. Des personnes qui se sont retrouvées en arrêt, comme moi. Je me suis dit : « il ne faut pas que cela recommence. Il est important d’échanger.»

Ma responsable m’a soutenu dans cette démarche. Ce n’était pas évident, car finalement, cela fait très peur aux dirigeants et il y a un risque de rejet du message.

Aujourd’hui cette épreuve a changé ma posture de manager et chef de projet. Aujourd’hui, je m’assure que les personnes qui travaillent pour mes projets ont réellement du temps pour faire ce qu’on leur demande. Je vais jusqu’à le négocier au plus haut niveau de la hiérarchie.

Je fais aussi parti d’instances de groupes cadres où je parle de ce qui m’est arrivé. J’explique aux salariés comment ils peuvent repérer les collègues qui ne vont pas bien pour alerter, les aider.

Je me suis proposé en rôle de “parrain/médiation” quand un salarié est en arrêt de travail pour burn out. Je propose un échange et partage mon expérience en rassurant la personne sur ce moment déroutant de la reconstruction.


7- PTB : Qu’est-ce que tu as appris de cette expérience que tu avais vécue ?

J’ai appris à mieux me connaître. Je sais maintenant que je ne suis pas tout puissant, que je peux tomber. Et en même temps je sais que ce n’est pas une faiblesse, ce n’est qu’humain. J’ai appris à m’écouter et à moins agir en “gros bourrin”.  Aujourd’hui, je veille à l’impact que je peux avoir avoir sur les autres, je m’attache à être bienveillant.

Un autre point, c’est que j’ai appris à dire “non”. Du coup, il y a des choses qu’on ne me propose même plus. Les objectifs inatteignables par exemple. Avant, quand on me proposait un projet, on me demandait : « est-ce que ça t’intéresse ? ». Moi je répondais « Oui ». Alors on me disait « si ça t’intéresse, on te refile le bébé ». Mais, passionné de nature, je m’intéresse à beaucoup de choses, donc ça ne marche pas du tout. C’est juste irresponsable de manager de cette façon-là. Maintenant je dis « oui ce serait super bien de le faire, mais avons-nous les ressources pour le faire ? ».


8- PTB : Qu’est-ce que ça te permet d’encore plus grand d’avoir traversé le burn out?

Aujourd’hui je me sens plus vivant, je me laisse émouvoir en regardant mes enfants grandir. Avoir été entouré durant cette période a été une véritable chance. Je prends le temps de vibrer avec ce qui m’entoure. En fait, je suis capable de faire autre chose que donner des consignes de travail fouet à la main.

NB : pour aller plus loin, lisez l’article : le secret de ceux qui rebondissent après un burn out


CONCLUSION

Et vous qu’est-ce que ce témoignage vous inspire ? En quoi ressemble-t-il de près ou de loin à votre vécu ? Comment vous situez-vous par rapport à la valeur travail ?

Si vous souhaitez lire d’autres témoignages de burnoutés, vous pouvez lire :

Pour en savoir plus sur le burn out :

Vous avez aimé ? N’hésitez pas à laisser un message, liker, partager de façon à ce que d’autres puissent découvrir ce blog et peut-être avancer un peu plus sur leur chemin.

(*) les prénoms ont été modifiés

photos : Pixaby : Free-Photos

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8 réflexions sur « Burn Out : Quand la valeur travail nous tue »

  1. Génial cet article. Le monde de l’entreprise est parfois ignoble. Mais je suis surprise que dans ce cas précis, il y a eu une véritable prise de conscience du staff.
    Comme après toute épreuve, on s’en sort grandi, changé. Plus rien en sera comme avant. Un témoignage boulversant qui nous rappelle combien le burn out est insidieux.

    • Merci pour ce retour ! Et oui il y a des cas où le management et la direction sont à l écoute. Au delà de du mécanisme du burn out dans l histoire de Rémi qui est tres eloquent, je trouvais intéressant de voir un exemple d entreprise qui est à l écoute du vécu de son salarié et qui choisi de prendre des actions pour le bénéfice de tous.

  2. Merci pour ce témoignage poignant. Ça fait froid dans le dos… Le pire, c’est la descente progressive sans qu’on puisse s’en rendre compte et aussi la pression de la société : “si tu ne travailles pas 60 heures par semaine, tu es un feignant”. Et “si tu craques, c’est que tu es faible”

    • Merci Prof Chopin !
      Pas facile de sortir des carcans de la société. J’ai l’impression que sur ce point, les hommes ont un poids supplémentaire à porter.

  3. En effet, c’est un témoignage qui fait froid dans le dos. Et je pense que Remi a été très courageux d’avoir su dire non, d’avoir su dire que c’était trop. Ce que je trouve le plus paralysant, quand on a besoin de dire stop, c’est la réaction de rejet qu’on risque de trouver en face : tu es paresseux / tu es faible / tu es de mauvaise volonté. Ça arrive encore trop souvent, et ce genre de témoignage montre qu’il y a de l’espoir ! 🙂
    Merci de l’avoir partagé.

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