Quand la prof de yoga fait un burn out

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On pourrait croire que certains métiers pourraient être protégés face au burn out. Les professeurs de yoga, les artistes, les thérapeutes, les entrepreneurs, les personnes qui vivent de leur passion etc. Or cette croyance est fausse ! Toutes les professions peuvent-être touchées. Pour en savoir plus, lisez cet article.

Dans cet article, Julie, professeur de yoga et thérapeute nous raconte comment l’épuisement professionnel s’est invité dans sa vie et comment elle a rebondi.


Julie est professeur de yoga, thérapeute et fondatrice de Connective Studio. Elle propose des cours de yoga, mais aussi des retraites et forme les futurs professeurs de Yoga à sa pratique.

J’ai rencontré Julie il y a 5 ans alors que j’étais enceinte de mon deuxième enfant. Je cherchais une activité que je pouvais pratiquer enceinte (et tard le soir car je travaillais beaucoup). Ses cours de yoga nidra (pratique de relaxation et de méditation) étaient la solution idéale pour moi.

Cette rencontre, très riche pour moi, a surtout été pour la suite la découverte d’un « sanctuaire » où récupérer après mes burn outs. Merci Julie pour ta présence et ton accompagnement dans ces heures douloureuses de ma vie !

On pourrait penser qu’en tant que professeur de yoga et thérapeute, Julie ferait partie des rares personnes à ne jamais être inquiétée par l’épuisement professionnel. Pourtant, elle a, elle aussi, traversé cette épreuve. Et c’est sans doute grâce à cela qu’elle propose aujourd’hui une pratique aussi profonde et efficace. Ce qui m’a marqué dans sa pratique c’est comment elle prend le temps de s’ancrer et d’être dans son corps au début de chaque cours de yoga.

C’est un exemple très inspirant de ce que doit-être le yoga : une pratique pour se faire du bien, pas pour atteindre une performance.

Voici son histoire…


COMMENT LE BURN OUT EST ENTRE DANS MA VIE

Le burn out s’est insinué tout doucement dans ma vie.

Après coup, je pense que c’est l’accumulation d’une relation amoureuse très difficile, plus l’achat d’un appartement dans lequel je faisais des travaux depuis un an tout en gérant mon business toute seule qui a généré mon épuisement.

A ce moment-là, je sortais d’une relation amoureuse compliquée qui au lieu de me nourrir m’avait vidée émotionnellement. Au boulot, je faisais des aller-retours incessants entre mon appartement pour faire avancer les travaux et la salle de yoga où je donnais des cours. Parfois jusqu’à 3 fois par jour. Les travaux s’éternisaient depuis plus d’un an et je n’en voyais pas le bout. Une des causes était aussi que mes cours étaient répartis sur toute la semaine et du coup je n’avais jamais un vrai temps pour faire les choses ou pour me reposer. Au final, j’étais dans un état d’épuisement physique profond.


LE BURN OUT : UN JOUR JE N’AI PAS PU ME LEVER DE MON LIT

C’étaitlit en novembre 2015, au moment des attentats. Et cela a duré 3 jours où je ne pouvais pas me lever de mon lit, je ne pouvais pas manger et je n’étais pas malade. Je n’avais juste plus d’énergie pour faire marcher la machine. Je me souviens que ma mère est venue m’apporter des pommes pour que je mange quelque chose.

Ça a été un signal assez fort. Je me suis dit « si je ne m’arrête pas là, c’est le début de la fin. »

Ça m’a fait prendre conscience que j’étais vraiment fatiguée. Cela faisait plusieurs semaines que j’avais du mal à ma lever le matin que j’étais tout le temps dans le stress, en train de courir partout. Je ne m’étais pas inquiétée avant car j’ai une tendance hyperactive depuis toute petite. Je fais tout le temps plusieurs choses à la fois. C’est pour ça que je m’étais dirigée vers le yoga.


LE BURN OUT M’A PERMIS D’ABANDONNER UN FORME DE TOUTE PUISSANCE

Ce jour-là j’ai dû annuler mes cours puisque je ne pouvais pas me lever. Et c’est à ce moment-là que j’ai abandonné une forme de toute puissance. Je me suis dit « ça va, y a pas mort d’homme si je dois annuler 3 jours de cours ». Mais je ne m’étais jamais autorisé ça !

Et paradoxalement, c’est pendant ces 3 jours que j’ai décidé d’appeler un gîte pour organiser une retraite de yoga dans les mois qui suivaient. C’était quelque chose que j’avais eu envie de faire depuis 3 ans, mais je n’en n’avais pas eu le temps. Et cette retraite a bien fonctionné. Cela m’a donc offert un sas de temps pour ma créativité.


MALGRE CETTE ALERTE, J’AI CONTINUE A M’EPUISER

Après ces 3 jours de repos, j’ai repris les cours. Mais j’ai continué à m’épuiser ensuite.

Dans les mois qui ont suivi, j’ai eu une invasion de puces dans mon appartement. Je ne pouvais pas m’installer. Du coup, je ne dormais plus chez moi. Je suis partie en Inde faire un stage. Puis j’ai dormi chez une copine. Impossible de reprendre le contrôle de ma vie. J’avais l’impression d’être envahie physiquement (par les puces), mais aussi psychologiquement et symboliquement.

J’avais la peau qui me grattait, j’ai cru que c’était de l’urticaire, puis la gale, j’ai écumé tous les diagnostics et les traitements possibles. Je devenais allergique à tout (les acariens etc.).

J’avais l’impression de me battre contre une sorte d’envahisseur invisible en fait. C’était une période très très dure. J’étais au bout du rouleau.

Je voyais un thérapeute qui m’a dit « mais en fait vous êtes morte ». Et ça, ça m’a « plombé ». A partir de ce moment-là, j’ai commencé à avoir des idées suicidaires. C’était 8 mois après la première alerte où j’étais restée clouée au lit.

Mon travail me pesait de plus en plus. J’étais très fatiguée. J’avais souvent envie de pleurer. Je n’avais plus de goût à faire mon travail. Si bien qu’à la fin de l’année scolaire, j’étais prête à fermer mon studio de yoga.

Ce sont des élèves qui m’ont soutenue. Ils m’ont aidée à refaire ma vitrine et m’ont convaincue de ne pas fermer à ce moment-là.


L’ELEMENT DECLENCHEUR QUI M’A PERMIS D’ENTREVOIR UNE ISSUE

Un jourhandpan, j’ai regardé une vidéo d’une fille qui s’éclatait à jouer du handpan. Ce fut un véritable élément déclencheur pour moi. Je me suis dit « c’est ça que je veux faire ». Dans la même journée, un ami m’a envoyé une invitation pour un festival de Handpan qui avait lieu la semaine suivante dans une ville voisine. J’y ai été. C’était la première fois que je m’autorisais à décrocher. Je me suis acheté un handpan, j’ai joué de la musique, j’ai senti les vibrations des instruments. C’était bon !

J’ai enchaîné avec un festival de mantras. A ce festival, j’ai entendu parler d’un retraite de yoga nidra en Roumanie. Je me suis dit que c’était un signe, que c’était pour moi.


COMMENT LE STAGE DE YOGA NIDRA A ETE LE DEBUT DE MA RECONSTRUCTION

C’était un stage de 21 jours qui n’était pas donné. Cela impliquait donc un véritable investissement aussi bien en temps que financièrement parlant. Mais je me suis inscrite et je me suis dit :”tant-pis je trouverais une solution pour le financer”. Et dans la foulée j’ai trouvé une personne qui louait mon studio en mon absence. C’est comme si tout s’alignait pour que cela se passe bien.

La reconstruction a commencé à ce moment-là. Quand je suis revenue, je n’étais plus la même personne.

D’un côté il y a eu ce travail intérieur avec le yoga nidra, et de l’autre je n’avais rien à faire. Tout était pris en charge (la nourriture, le logement). J’étais dans une forêt avec aucune autre stimulation que faire ma pratique de yoga. Et j’ai senti que la régénération a continué dans les mois qui ont suivis.

Je pense aussi que le simple fait de faire le choix d’investir (en temps et en argent) a été le premier pas décisif pour moi. Car cela signifiait que je croyais en ma capacité de transformation et que je posais le fait que c’était important pour moi. Cela explique aussi pourquoi cette retraite a été un tournant vraiment particulier pour moi.


COMMENT PETIT A PETIT CE BURN OUT A CHANGE MA VIE

Quand je suis rentrée, j’ai retrouvé le stress, mais j’allais beaucoup mieux. C’était la rentrée scolaire. Et cette année-là, je pensais que j’aurais eu peu de monde puisque je n’avais pas fait de publicité dans l’été. Or le studio était plein à craquer. Depuis je ne fais d’ailleurs plus de flyers ou de cartes de visites. J’étais donc encore très speed. J’avais encore des schémas de fonctionnement où je voulais tout faire en même temps. J’ai recommencé les travaux que je n’avais pas eu le courage de terminer. Petit à petit je commençais à retrouver les mêmes symptômes qu’avant mais j’avais plus d’énergie pour les gérer.

Je me suis donc dit qu’il fallait que cela change. J’ai travaillé avec un autre thérapeute. Et la semaine d’après je rencontrais un homme avec qui je suis depuis. J’ai pu terminer mon appartement.

Ce qui a changé :

  • De belles rencontres se sont présentées à moi
  • J’ai beaucoup plus de joie dans ma vie.
  • J’ai été plus attirée par des personnes positives
  • Ma façon de travailler a changé
  • Je vais me ressourcer régulièrement en faisant par exemple 4 à 5 retraites par an.
  • Je n’attends plus de craquer pour prendre soin de moi.
  • Mes choix au travail sont plus affirmés. Avant je disais oui à tout et je me laissais envahir par peur que si je ne le fasse pas j’allais rater quelque chose ou paraitre pas sympa.
  • Je culpabilise moins si je ne fais pas plein de choses. Avant je ne me serais pas autorisée à rester chez moi.

Pour aller plus loin lisez les articles : 


DES RETRAITES POUR EVITER LE BURN OUT

Si j’avais 3 conseils à donner à une personne qui vit un burn out, je dirais :

  1. Faites attention à votre alimentation. Mangez des aliments sains et arrêtez les substances excitantes : alcool, tabac, sucre
  2. Observez les moments où vous avez du mal à vous coucher et demandez-vous si vous n’êtes pas en train de fuir les moments de détente.
  3. Décrochez du travail ou des stimulations sociales en se promenant en nature ou en faisant des retraites.

Les retraites ont été pour moi le meilleur moyen de décrocher, de m’écouter et de me ressourcer. C’est pour cela que je le propose aujourd’hui à mes clients.

Je constate que leyoga burn out arrive souvent dans les moments où on a des changements à faire et qu’on n’y arrive pas. Il y a ceux qui nient le fait qu’il y ait des changements à faire et se le prennent en pleine figure et il y a ceux qui dans le fond savent ce qu’ils doivent changer mais ont peur de le faire ou ne savent pas comment faire.

Les retraites au-delà d’offrir un espace de détente et de lâcher prise permettent de trouver de la clarté en nous pour répondre à ces questions. En étant plus clair, nous pouvons mettre notre énergie au service des choses qui sont vraiment importantes pour nous. Pour moi faire des retraites régulièrement c’est comme faire comme une « prévention » à la rechute de l’épuisement.


CONCLUSION

Aujourd’hui Julie a transformé son rapport au yoga, à la vie plus généralement. En fin d’interview, elle m’a dit : “en fait, je n’avais rien compris au yoga”.

Et vous qu’est-ce que ce témoignage vous inspire ? En quoi ressemble-t-il de près ou de loin à votre vécu ? Qu’en apprenez-vous ?

Si vous souhaitez lire d’autres témoignages de burnoutés, vous pouvez lire :

D’autres articles sur la résilience :

Pour en savoir plus sur le burn out :

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photos : Pixabay : Stocksnap, Free-Photos, Mypixhell, leninscape

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