Comment faire face à la honte du burn out ?

honte burn out

Qu’est-ce que la honte ? En quoi la honte fait-elle partie prenante du burn out ? Qu’est-ce qui fait que l’on ressent de la honte quand on fait un burn out ? Comment réparer ce sentiment de honte ? Pour en savoir plus, lisez cet article.

La semaine dernière, j’ai eu la chance de pouvoir participer à un atelier sur la honte avec l’EMCC (fédération Européenne de coaching) par Magali Martin, thérapeute et coach familiale, experte sur le sujet. Cet atelier a été très instructif et m’aidera dans mes futurs accompagnements. J’ai aussi souhaité vous partager le fruit de ma réflexion dans cet article pour que vous puissiez vous aussi faire votre propre chemin.


LA HONTE ET LE BURN OUT ?

En écoutant la conférence, j’ai pris conscience du fait que la honte est un sentiment omniprésent dans le burn out : avant (burn in), pendant et après.

Bien sûr, l’expérience est différente pour chacun. Peut-être vous n’avez-vous ressenti de honte qu’à l’une ou l’autre des étapes ou peut-être aucune. Mais c’est une émotion que j’ai retrouvée dans plusieurs témoignages et qui permet d’expliquer des comportements qui, vus de l’extérieur, pourraient sembler incompréhensibles.

LA HONTE AVANT LE BURN OUT

Dans l’article sur le burn in, j’ai indiqué le fait que c’était la phase de déni. L’individu est conscient que cela ne va pas mais ne lâche pas, il résiste. Qu’est-ce qui fait qu’il tient jusqu’à ce que ce soit son corps qui cède ? La honte ! La honte d’être faible (ou de passer pour faible).

Pour ceux qui ont développé une image de Super héros, il peut être difficile de faillir à cette image.

Témoignage du burn out de Rémi : « C’est très insidieux. Ça m’envahissait. Je sentais d’un côté que je n’allais pas réussir à sortir la tête de l’eau et en même temps, je ne supportais pas qu’on m’aide. Comme je ne m’en sortais plus, je bossais de moins en moins bien. Et je le savais. Dès qu’on proposait de m’aider, je refusais parce, pour moi, cela aurait confirmé le fait que je n’étais pas à la hauteur »

Témoignage du burn out de Nathalie : « J’avais le sentiment de ne même plus arriver à faire mon travail. Ce que je vivais mal, c’était que cela touchait à l’image professionnelle que je donnais à mes clients. (…) Je sentais que j’allais vraiment craquer. C’était très humiliant. Mais je voulais tenir le coup. »

Ceux que le harcèlement moral pousse au burn out peuvent se sentir honteux, eux-aussi. Honteux de se laisser abuser et donc de passer pour faibles. Ils n’osent donc pas dire que cela ne va pas et laissent la situation se dégrader, à l’instar des victimes d’agressions ou de viols qui ne sont qu’un cinquième à porter plainte d’après un article de Libération.

LA HONTE PENDANT LE BURN OUT

Pendant l’arrêt de travail pour épuisement professionnel, là encore, certaines victimes de burn out ressentent de la honte. Comme je vous le partageais dans l’article sur le profil des candidats au burn out, ce sont des personnes engagées pour qui le travail est une valeur importante. Rester « à ne rien faire » à la maison est donc source de honte.

Cette honte est un handicap au bon rétablissement du burnouté. En effet pour se remettre, le salarié épuisé doit « prendre du plaisir », « prendre du temps ». La honte peut le pousser à résister à cela et cela repoussera d’autant la durée de récupération. Ne culpabilisez donc pas, vous êtes en arrêt de travail, prenez soin de vous, faites-vous plaisir, vous en avez le droit !

De plus, face à la honte de rester inactif/inutile, la victime de burn out sera tentée de reprendre au plus vite le travail. Or le rétablissement se fait dans la durée.

Témoignage du burn out de Rémi : « Au bout d’un mois, j’ai commencé à me demander « qu’est-ce que je vais faire maintenant ? ». Mon médecin généraliste a tout de suite pris la mesure de ce qui m’arrivait. Elle m’a dit : « ce qui vous arrive est grave, vous en avez pour un bon moment. Dans 6 mois vous y serez peut-être encore ». Moi je ne la croyais pas du tout au début. C’était très angoissant pour moi qui étais attaché à cette valeur travail. Je bossais pour vivre. Donc quand cela s’en va, il n’y a plus rien. »

LA HONTE APRES LE BURN OUT

Après le burn out, la honte est encore présente. Sur les groupes de discussion, la question revient régulièrement « faut-il le dire ou le cacher ? », « est-ce que je témoignage ou est-ce que l’on risque de me reconnaître ? ».

Là encore la croyance qu’avoir vécu un burn out est une faiblesse est la source de cette honte. Pourtant paradoxalement, cela ne correspond pas du tout au profil des personnes qui font un burn out. Ce sont les personnes les plus engagées, les plus performantes qui vivent un burn out. De plus, avoir vécu des épreuves et s’en être relevé est au contraire une formidable façon d’apprendre et de grandir. D’ailleurs la plupart des burnoutés qui ont rebondi ne reviendraient en arrière pour rien au monde, c’est le phénomène de résilience

Alors pourquoi cette honte d’avoir vécu un burn out ? C’est parce que la honte est contagieuse. Les autres ont honte pour nous et cela nous fait ressentir à notre tour de la honte.

Astrid : Lors du salon des futurs créateurs d’entreprise, j’ai présenté mes deux projets : accompagner les managers vers un leadership conscient et aider les personnes s’étant épuisées au travail à se révéler après leur burn out. Un des visiteurs du salon m’a fait un retour : « mais vous savez certaines entreprises ne voudrons pas faire confiance à une personne qui s’est mise dans cet état. ». Et là, une fraction de seconde, j’ai ressenti de la honte. Heureusement je suis parfaitement alignée avec mon vécu qui est au contraire un atout pour mon projet. Je suis aussi capable de comprendre que cette façon de penser correspond à leurs problèmes, pas le mien. Pourtant, automatiquement, la honte qu’il ressentait m’a traversée et j’ai dû faire un effort pour ne pas me laisser embarquer.

Pourquoi la croyance collective est-elle de penser que le burn out est due à une faiblesse de la victime ?

Parce que pour l’entourage (le manager, les collègues, l’entreprise plus largement), c’est une façon de rejeter la « faute » sur l’autre et de ne pas prendre sa part de responsabilité. Là encore, la faute à qui ? La honte ! Difficile d’assumer que l’on est en partie responsable du mal-être d’une autre personne.


QU’EST-CE QUE LA HONTE ?

Pour aller un peu plus loin, voici ce que j’ai appris sur la honte lors de la conférence à laquelle j’ai assistée.

LA HONTE, EMOTION OU SENTIMENT ?

La honte est une émotion sociale (d’autres diront que c’est un sentiment, mais je n’entrerais pas dans ce débat). La honte est liée au regard des autres. Il n’y a pas de honte s’il n’y a pas de témoin (bien que l’on puisse être honteux à l’idée que quelqu’un s’aperçoive de ce qu’on a fait). Comme dit précédemment, la honte est « contagieuse ». U individu qui a honte le transmet au groupe et un groupe qui a honte le transmet à chacun des individus.

La plupart des émotions négatives ont une « décharge » qui permet de se libérer de l’émotion : frapper permet de se libérer de la colère, crier de se libérer de la peur. La honte, en revanche, n’en n’a pas. La honte s’accumule donc sans que nous puissions l’évacuer. C’est pourquoi nous sommes « minés » par cette émotion.

La honte agit « comme un millefeuille » nous dira l’intervenante Magali Martin. Quand nous avons honte adulte, cela fait souvent écho à une honte plus importante vécue dans notre enfance. C’est ce qui explique que pour une même situation certaines personnes ressentiront une honte plus ou moins importante et d’autres pas du tout.

Pour « guérir » de cette honte, il faut identifier la honte première. Qu’est-ce qui fait que j’ai honte de ne pas arriver à faire mon travail ? ou de ne rien faire à la maison ? etc.

A QUOI SERT LA HONTE ?

La honte sert d’abord de façon éducative à apprendre aux enfants à se conformer aux normes sociales du groupe. On parle de « honte saine ». Dans ce cas la honte est « inclusive ». Avoir honte nous permet de faire partie du groupe. Par exemple : avoir honte de se promener nu dans la rue, manger malproprement etc., nous évite d’être rejetés par les autres.

QUAND LA HONTE DEVIENT-ELLE TOXIQUE ?

La honte devient toxique quand elle touche à la personne elle-même. Les hontes toxiques peuvent remonter des hontes toxiques enfantines ou apparaitre à l’âge adulte. Dans ce cas la honte exclut. Elle nous fait nous sentir indigne du groupe humain. Tant que le sentiment de honte n’a pas été levé, il n’est pas possible de se reconstruire.

Exemple de hontes toxiques de l’enfance :

  • Honte sociale : être pauvre dans un milieu riche
  • Honte liée à l’individu : une femme dans un milieu macho, un noir dans un milieu raciste etc.
  • Honte liée à la contrainte : liée à une éducation « castratrice »
  • Honte liée à la maltraitance physique ou psychologique : l’enfant pensera que s’il est maltraité c’est qu’il est mauvais, pas que cela vient de ses parents
  • Honte d’avoir des parents défaillants
  • Etc.

Exemple de hontes toxiques de l’adulte :

  • Rémanences de l’enfance
  • Agressions, viols, cambriolage, abus etc.
  • Maladies (SIDA, cancer…), addictions, obésité, maladies psychologiques etc.

COMMENT SORTIR DE LA HONTE ?

“Pour « réparer » la sensation de honte et pouvoir avancer de nouveau, il faut se sentir « réintégré » dans le groupe”, nous explique la thérapeute. Le coach, le thérapeute ou d’autres personnes de l’entourage agissent comme des « tuteurs de résilience ». Ils permettent à la personne de « panser » cette blessure et de rebondir.

Les facteurs de résilience :

  • Le regard bienveillant « empathique » de l’accompagnant redonne de l’humanité à la personne qui a honte. Elle redevient ainsi digne d’être regardée comme un être « humain »
  • Le partage d’une expérience similaire avec d’autres personnes permet « d’effacer » sa honte. C’est de là que vient l’efficacité des groupes de parole. Le fait de se faire accompagner par une personne ayant traversé la même épreuve agit de la même manière et met sur un pied d’égalité le thérapeute ou coach et son client.
  • Retrouver de la fierté : en comprenant le mécanisme dans lequel on s’est retrouvé pris, en se reconnectant aux succès passés et en remobilisant ses ressources. Parfois aussi en obtenant réparation du préjudice subi : ce qui guéri de la honte, c’est que « la honte change de camp ».

BONUS : UNE VIDEO QUESTION-REPONSE AVEC MAGALI MARTIN

En bonus, pour aller plus loin, une interview de Magali Martin pour aller un peu plus loin sur le sujet. Je lui ai posé 3 questions :

  • Pourquoi est-ce que l’on a honte de dire que l’on a fait un burn out ?
  • En quoi rester dans la honte empêche de se reconstruire ?
  • Quels conseils pour sortir de la honte du burn out ?

Cliquez ici pour voir l’interview de Magali Martin sur la honte et le burn out


CONCLUSION

Et vous qu’en pensez-vous ? A quel moment avez-vous ressenti de la honte ? A quoi faisait écho cette honte que vous avez ressentie ? Que décidez-vous de faire pour « réparer » cette honte et pouvoir ainsi mieux avancer sur votre chemin ? En ce mois des fiertés (Pride month), seriez-vous prêts à être fiers d’avoir traversé (et survécu) à un burn out ?

Pour en savoir plus sur Magali Martin, n’hésitez pas à visiter son site : https://www.magalimartincoach.com/

Pour en finir avec la honte, n’hésitez pas à lire les témoignages d’autres personnes qui ont vécu un burn out :

Vous avez aimé ? N’hésitez pas à laisser un message, liker, partager de façon à ce que d’autres puissent découvrir ce blog et en bénéficier eux aussi…

Photos : pixabay : StockSnap

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8 réflexions sur « Comment faire face à la honte du burn out ? »

  1. Bonjour Astrid,
    Merci pour ton article. Je connais bien ce sentiment de honte. Je dirais qu’il est couplé avec une certaine fierté. Fierté de bien faire son travail. C’est le professionnalisme qu’on veut y mettre.
    Et je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il faut prendre du plaisir pour s’en sortir. Quand j’étais en arrêt maladie, je me suis imposée de faire au moins une chose par jour qui me faisait plaisir. Pour moi ça pouvait être : peindre, lire,me promener, me cuisiner un plat que j’adore, etc. Des choses simples mais que je ne prenais plus le temps de faire.

    • Merci Florence pour le partage de ton vécu et ces conseils qui seront utiles à ceux qui résistent encore à l idée de se faire du bien.

  2. Merci Astrid,
    Ton article est très intéressant, je trouve qu’il explique bien les faits. En ce qui me concerne, la honte a été présente longtemps avant le burn- out c’est ce qui m’a empêché de m’arrêter. Elle a été encore plus présente pendant mon arrêt. C’est ce qui est le plus difficile a expliquer à l’équipe médicale. Ils pensaient que j’étais déprimée et en colère mais ce n’était pas le cas : j’étais juste épuisée et j’ai tellement honte…
    Un an après, elle ne me quitte pas malgré les thérapies, un nouveau projet professionnel…Je me sens souvent seule fasse à cette émotion et je pense qu’il faudra longtemps pour qu’elle s’en aille.
    Si quelqu’un connait des solutions, merci pour votre partage

    • Bonjour Sophie,
      Partager ce que tu as vécu à d autres personnes, bienveillantes, qui accueillent et écoutent ton histoire aide à « laver » cette honte.
      As-tu essayé un groupe de paroles ? souhaiterais-tu témoigner de ton expérience sur ce blog ?
      J ai récemment fait l expérience du partage, dans un cercle de femmes, d un événement qui générerait de la culpabilité en moi depuis près de 2ans. Ce fut douloureux de dire à haute voix ce que j avais traversé, mais c était tellement libérateur !

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