profs : retour en classe après un burn out – le témoignage de Christel

prof burn outChristel est prof, il y a quelques années elle a vécu un burn out. Aujourd’hui, elle est de retour devant les élèves. Pour lire son histoire et savoir comment elle a remonté la pente du burn out pour pouvoir revenir en classe, lisez cet article

Christel est enseignante en école élémentaire depuis une vingtaine d’années, un jour sa vie bascule après une succession d’événements imprévus : Une école sinistrée, des organisations de classe qui rendent l’année scolaire particulièrement épuisante, un déménagement qui chamboule les repères et l’année suivante la rencontre avec un directeur toxique. L’engrenage vicieux du burn out est enclenché. Pourtant 2 ans plus tard, la voici de nouveau face à ses élèves. Prof, c’est sa passion, elle vous raconte, comment elle fait pour remonter la pente du burn out.


1. PTB : BONJOUR CHRISTEL, COMMENT L’EPUISEMENT EST-IL ARRIVE DANS TA VIE ?

je continuais à me démener pour garder la cadence, à masquer avec le sourire et à tenir

Une rentrée des classes épuisante

Après la naissance de mon fils, ma rentrée en septembre a été tumultueuse !

Une école sinistrée par la tempête, un nouveau niveau de classe, des commandes de matériel avec un mois de retard, des élèves énergivores, une fermeture de classe 3 jours après la rentrée et donc une nouvelle répartition des élèves, un rat qui s’est invité dans les couloirs à la sortie des élèves,… Bref, les rebondissements à l’école étaient quotidiens et si ma vie personnelle m’avait offert du répit, j’aurais certainement pu en rire.

Et comme évidemment, ce n’était pas le cas. J’ai compensé sans cesse, sans réussir à dégager du temps pour profiter de moments agréables avec mes collègues.

Autant dire qu’au bout de 2 mois de ce rythme, mon corps commençait à montrer de sérieux signes de fatigue ! Mais je continuais à me démener pour garder la cadence, à masquer avec le sourire et à tenir. Après tout j’avais traversé une épreuve terrible à la trentaine, je pouvais bien survivre à ça !

Un déménagement de la ville à la campagne qui chamboule les repères et isole

Plus je m’épuisais à tenir au travail, plus mon compagnon compensait mon désinvestissement non volontaire des tâches quotidiennes…et insidieusement le phénomène était lancé…

Nous avions en parallèle le projet de déménager dans le département voisin pour se rapprocher de son lieu de travail et profiter de la joie d’une maison. Bien sûr les prises de décision se sont faites au milieu du chaos et rapidement, les choix n’ont pas été des plus judicieux.

Malgré toutes mes réticences, je suis donc passée d’une ville de plus de 100 000 habitants à un village de 1500, d’un appartement de 60 m2 à une maison de 180m2… Je me suis ainsi retrouvée isolée socialement, perdue dans une grande maison relativement vide (à peu près aussi vide que mon cerveau au moment du déménagement), privée de tous mes repères (pas vraiment habituée à me retrouver parmi les dernières clientes à 19h pour la fermeture du magasin) et épuisée d’une année trop intense.

La rencontre avec un directeur d’établissement toxique

Malgré tout cela, j’avais repris un peu d’énergie. Si la vie ne m‘avait pas envoyée dans une nouvelle école avec un directeur toxique, j’aurai pu remonter de cet épuisement sans même toucher le fond. Bien évidemment la rencontre avec ce directeur fut l’ultime épreuve qui a fini par faire imploser mon cerveau !

–> pour aller plus loin lisez ces articles :


2. QUE S’EST-TIL PASSE A PARTIR DU MOMENT OU TU ETAIS ARRETEE ?

je ne m’étais arrêtée que 2 jours en 17 ans de carrière. Les autres pouvaient s’arrêter, pas moi.

Disons que l’arrêt maladie n’a pas été une évidence au départ. Pour la simple est bonne raison, que je ne m’étais arrêtée que 2 jours en 17 ans de carrière et que « Les autres pouvaient s’arrêter, pas moi. » Du coup, je me suis arrêtée 1 mois et demi puis j’ai repris et suis retournée au front…puis je me suis arrêtée de nouveau… Impossible de subir l’absurdité plus longtemps.

–> pour aller plus loin, lisez l’article sur le profil des candidats au burn out

J’avais entre temps fait une demande d’abandon de poste car je savais intérieurement que vivre une nouvelle année scolaire dans cette école revenait à me tuer à petits feux. J’avais également sollicité un temps partiel au cas où je ne pourrai pas partir. (Le département ayant une faible mobilité.)

Malgré mon arrêt maladie, je n’ai pu réellement me reconstruire qu’à la fin de l’année scolaire.

Je dirais que j’ai traversé toutes les étapes décrites dans “les 7 étapes du burn out”. J’ai très bien senti le moment où j’ai touché le fond !


3. PTB : COMMENT AS-TU REMONTE LA PENTE DU BURN OUT ?

j’avais un cerveau d’enfant dans un corps de 40 ans

Le mental pour remonter la pente du burn out

  • A la force du mental !!! Celui-là même qui m’a trainé tout au fond…
  • Et en faisant confiance à mes capacités de résilience et à ma volonté d’apprendre et de comprendre…

J’ai d’abord identifié mon problème et posé les mots « Burn Out » ; seule puisque mon nouveau médecin traitant ne me connaissait pas et que le monde médical est bien peu formé pour l’instant à cela.

S’entourer pour remonter la pente du burn out

J’ai ensuite cherché les personnes qui pourraient m’aider à voir plus clair dans cette situation : sophrologue, psychologue, ostéopathe, hypnothérapeute, … J’avais la chance de ne pas être bloquée par l’aspect financier car j’avais des économies. En revanche, vu que j’étais à la campagne, il me fallait faire quelques kms ! J’ai découvert des techniques : EMDR, auto-hypnose, programmes clé en main …

–> Pour aller plus loin, lire l’article : burn out : qui consulter

Identifier et décortiquer les symptômes du stress

J’ai décortiqué ce qui dysfonctionnait au niveau corporel (baisse de la vue, irritation du cuir chevelu, perte musculaire, hyperventilation …), émotionnel (dérégulation des émotions, hypervigilance …), cognitif (vitesse de traitement de l’information trop lente, incapacité à traiter les double consigne, …). Bref j’avais un cerveau d’enfant dans un corps de 40 ans !

–> pour aller plus loin lire l’article “les symptômes du burn out”

En 1 an et demi, j’ai donc récupéré le traitement de l’information au rythme de la tortue. Puis grâce à un site internet, j’ai travaillé la mémoire, la réactivité, la logique, … et 1 mois plus tard mes capacités cognitives avaient repris un rythme de guépard ! Pour la gestion des émotions et du stress, ce fut bien plus long…

Un travail de recherche laborieux

Tout ce travail de recherche fut laborieux car j’avançais seule et avec un cerveau si peu efficace. Je cherchais d’ailleurs à l’époque des groupes de paroles pour échanger et m’aider à rebondir plus vite mais je n’ai pas trouvé…

Structurer par les mots cette étape de vie m’a aidée à la comprendre pour me permettre de ne pas renouveler, je l’espère, cette expérience dans le futur.


4. PTB : QUE FAIS-TU MAINTENANT, ES-TU TOUJOURS PROF SUITE A TON BURN OUT ?

APRES LE BURN OUT : RECONVERSION OU RETOUR A LA VIE DE PROF ?

En plein Burn Out, je me suis beaucoup interrogée sur l’éventualité d’une reconversion. Et finalement, cela m’a amenée à la conclusion que je souhaitais toujours être enseignante. Je reste convaincue que c’est un domaine où je peux m’épanouir. En revanche, ma posture est différente. Je mets du mieux possible de la distance pour préserver un équilibre vie pro et vie perso.

COMMENT LE BURN OUT A CHANGE MON METIER DE PROF

On peut également dire que cette épreuve fut une vraie formation professionnelle ! Je comprends désormais bien mieux la « surcharge cognitive » rencontrée par mes élèves après l’avoir vécue. Je repère bien plus vite les élèves ayant des troubles orthophoniques, TDA/H, EIP, … J’ai appris à être plus efficiente. Je réinvestis mes connaissances pour les aider à mieux canaliser leur attention, développer leur flexibilité mentale, contrôler leur impulsivité, …


5. PTB AU FINAL QUEL CONSEIL DONNERAIS-TU AUX PROFS EN BURN OUT ?

Différer toute décision importante pendant cette période car nos choix ne sont pas toujours des plus rationnels !

Apprendre à s’écouter, car le corps nous envoie bien des signes d’alerte avant que le cerveau lâche !

Et surtout fuir toutes les personnes toxiques pour aller vers toutes celles qui nous boostent dans cette période si complexe !


CONCLUSION

Merci Christel de ton témoignage qui nous montre comment le burn out peut se mettre en place pour les enseignants suite à une accumulation de causes dans l’environnement de travail. Ton histoire nous montre aussi qu’il est possible, pour ceux qui le souhaitent, de retourner en classe après un burn out et même d’être au final plus efficace dans sa façon d’enseigner.

Pour lire d’autres témoignages de profs en burn out :

Pour lire des témoignages d’autres professions :

Et vous quelle est votre histoire ? Dîtes le nous dans les commentaires

  • Vous êtes enseignant, vous retrouvez-vous dans ce témoignage ? Avez-vous un vécu différent ?
  • Vous n’êtes pas enseignant, qu’est-ce que vous évoque ce témoignage ?

Crédit photo : Pixabay : 149958541

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4 réflexions sur « profs : retour en classe après un burn out – le témoignage de Christel »

  1. Bonjour Cristel et merci pour votre témoignage, vous parlez d’un site internet pour retravailler la mémoire…pourrions nous l’avoir, ça aiderait. Merci

    • Bonjour,
      Il s’agit d’un site payant mais avec une période d’essai gratuite qui permet de voir si cela correspond vraiment à nos besoins. Le prix mensuel n’est pas très élevé. Pour ma part, ce fut une vrai révélation! Il m’a vraiment aidé à récupérer une certaine réactivité du cerveau en moins de 2 mois. J’espère que ce site aidera d’autres personnes qui traversent cette douloureuse épreuve du burn out. Courage à tous ceux qui vivent actuellement ce chaos!

  2. Merci pour cet article. C’est hélas devenu un constat cinglant : l’école n’est plus le sanctuaire de la société. Les élèves comme les professeurs subissent toute sorte d’agression. Le burn-out y est répandu et il n’est pas facile de s’en sortir. Beaucoup ne voient comme seule échappatoire le départ de l’éducation nationale. Tout ça est bien triste.

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